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Des milliers de PME affectées par les chantiers : il est temps d’agir

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Texte publié dans La Presse + du lundi 7 mai 2018

Le printemps, c’est le retour des fleurs, du soleil, de la chaleur... et des cônes orange. Pour la plupart d’entre nous, les travaux routiers représentent des détours et des heures perdues dans le trafic. Mais pour certaines entreprises, ces cônes représentent souvent un cauchemar.

Pour un commerce de quartier, ce sont des clients qui décident d’aller chez le compétiteur parce qu’ils n’arrivent pas à accéder à la bâtisse. Pour un restaurateur, ce sont des tables désertes sur sa terrasse en raison du bruit et de la poussière. Pour une entreprise de camionnage, c’est du temps et de l’argent perdus dans les détours et les bouchons de circulation. Ce sont aussi des livraisons en retard ou qui n’arrivent jamais parce que tous les accès à la boutique sont bloqués.

Les entreprises qui vivent de telles situations se comptent par dizaines de milliers à travers le pays selon un sondage que nous avons réalisé récemment. Les données montrent qu’il y aurait environ 65 000 entreprises canadiennes (dont 14 000 au Québec) qui ont été sérieusement affectées par des travaux d’infrastructure au cours des cinq dernières années. Certaines n’arrivent jamais à s’en remettre et n’ont d’autre choix que de mettre la clé dans la porte. Des années de travail peuvent ainsi se retrouver anéanties en quelques mois.

Bien sûr, les travaux routiers sont un mal nécessaire. Il est important de maintenir à jour nos infrastructures. Toutefois, un trop grand nombre de nos PME sont sérieusement affectées par les chantiers à l’heure actuelle. Ces entreprises sont le moteur de l’économie. Elles sont le cœur de nos artères commerciales. Lorsqu’elles disparaissent, c’est une partie de l’âme du quartier qui s’évapore avec elles.

Pourtant, il est possible de minimiser les impacts de ces projets de construction. D’abord et avant tout, il faut donner un répit aux entreprises dont les activités sont perturbées par les chantiers. Leur donner un peu d’oxygène pour qu’elles arrivent à traverser cette période difficile. Il est temps que les municipalités mettent en place des programmes pour indemniser les entreprises durement touchées par les travaux municipaux.

Certaines villes dans le monde l’ont déjà fait. À Bruxelles, par exemple, les petits commerces qui doivent fermer une semaine ou plus à cause de travaux publics ont droit à une indemnisation quotidienne d’environ 117 $. La Ville de Seattle a aussi fourni plus de 15 millions de dollars en fonds de compensation aux entreprises affectées par la construction d’une nouvelle ligne de train léger. À Sydney, après plus de deux ans de démarches, un groupe d’entrepreneurs durement touchés par le projet de système léger sur rail a réussi à obtenir une compensation.

Évidemment, l’indemnisation représente une des actions que les municipalités peuvent poser, mais d’autres mesures doivent s’y additionner pour pallier l’ensemble des impacts subis par les entreprises.
La communication avec ces entreprises doit aussi faire partie de la solution. Elles doivent être consultées et averties longtemps à l’avance des travaux pour pouvoir s’y préparer et aussi pour qu’on y intègre dans la planification leurs besoins et leurs réalités.

Il est évident qu’une meilleure planification et exécution des travaux est aussi essentielle. Comment expliquer qu’une rue soit creusée trois fois plutôt qu’une? Pourquoi certains chantiers sont-ils désertés durant des semaines? Qu’est-ce qui fait que tant de projets s’étirent bien au-delà de l’échéancier prévu? Améliorer la planification et la gestion des chantiers ne servira pas seulement les intérêts des entreprises : les municipalités et le public en sortiront aussi gagnants.

Enfin, il importe aussi de tenir tout le monde informé dans les moments où ça compte. La présence d’un agent de liaison auprès des entreprises situées dans la zone affectée par le chantier est primordiale. Des rencontres en personne avec les entreprises touchées peuvent prévenir des situations évitables, comme une coupure d’eau avec un préavis de seulement 15 minutes, par exemple.

Il est temps que les municipalités fassent preuve de leadership et reconnaissent l’importance des PME dans l’économie en les aidant à survivre aux travaux routiers en adoptant des politiques cohérentes de réduction des « méfaits ». La Ville de Montréal a déjà annoncé son intention d’offrir une forme d’indemnisation sous peu. Les maires canadiens sont généralement fiers de dire qu’ils se soucient des PME locales. Mais quelles municipalités canadiennes seront les premières à démontrer du leadership et à concrétiser leurs bonnes intentions?

Le printemps est de retour, et des milliers d’entreprises tant au Canada qu’au Québec méritent que leur municipalité agisse dès maintenant.

Martine Hébert, vice-présidente principale et porte-parole nationale, Fédération canadienne de l’entreprise indépendante

Simon Gaudreault, directeur des affaires économiques, Fédération canadienne de l’entreprise indépendante