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La nouvelle loi sur l’immigration : c’est bien, mais il faut aller plus loin!

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Texte publié dans La Presse+, le jeudi 2 août 2018

Une nouvelle Loi sur l’immigration entre en vigueur le 2 août. Il était temps! L’immigration doit faire partie de la solution face à une pénurie de main-d’œuvre qui nuit de plus en plus aux PME du Québec. On a atteint le point où plus de 100 000 emplois ne trouvent pas preneurs au Québec. Les exemples médiatisés de restaurants ou d’autres commerces qui ferment leurs portes en pleine haute saison, une journée ou deux, simplement pour permettre à leurs employés de souffler se multiplient. Il est donc urgent de trouver des solutions concrètes pour régler ce problème.

C’est un des objectifs de la nouvelle loi : venir en aide aux PME afin qu’elles puissent mieux recruter à l’international. L’idée est d’améliorer le processus de sélection des immigrants au Québec. Pour ce faire, la nouvelle loi fait passer notre système de traitement des dossiers d’immigration du principe du « premier arrivé, premier servi » à un système de « déclaration d’intérêt ». C’est plus efficace. Au lieu que les fonctionnaires évaluent la pertinence du profil des candidats au regard des objectifs du Québec à la queue leu leu, le ministre de l’Immigration pige désormais directement dans la banque de candidatures et « déclare son intérêt » pour les candidatures qu’il juge intéressantes. Les dossiers choisis sont ensuite traités en priorité. C’est un système plus efficace, plus rapide, plus logique. Chapeau!

Les PME peuvent-elles espérer recruter davantage d’immigrants pour pourvoir leurs postes vacants pour autant? La réponse est malheureusement non.
C’est que la véritable embûche à laquelle se bute notre système d’immigration, ce qui l’empêche de contribuer efficacement à contrer la pénurie de main-d’œuvre, est d’un tout autre ordre. En réalité, aussi incroyable que cela puisse paraître, le système actuel ne permet simplement pas au Québec de sélectionner des immigrants qui ont des compétences qui sont activement recherchées par les employeurs d’ici. Or, ce problème demeure entier encore aujourd’hui.

Vous en doutez? Alors, sachez qu’en 2016 le taux de surqualification des immigrants qui étaient en emploi au Québec était de 44 %. Le taux de chômage des immigrants, qui sont chez nous depuis moins de 5 ans, oscille lui autour de 16 %. De plus, lorsqu’on questionne les chefs de PME pour savoir quels types de postes sont à pourvoir dans leurs entreprises, ils répondent que 91 % d’entre eux sont des postes de production, de corps de métier, de vente ou de support administratif, et que seulement 6 % sont des postes cadres. Pourtant, lorsqu’on consulte les chiffres du ministère de l’Immigration, on réalise que, entre 2006 et 2015, 45 % des immigrants accueillis au Québec avaient des compétences de gestion ou de cadre, et que moins de 1 % avait des compétences élémentaires et de manœuvre. C’est le monde à l’envers! L’inadéquation entre profil des immigrants et marché du travail est évidente pour qui fouille un peu cette question.

Le nerf de la guerre concernant l’adéquation entre le profil des immigrants et le marché du travail, c’est la grille de sélection des immigrants. Cette grille est en fait un système de pointage. Comme candidat à l’immigration au Québec, vous obtenez des points pour chacune de vos compétences : formation, expérience, maîtrise du français, etc. Ultimement, c’est le total de vos points, obtenus selon la grille de sélection, qui déterminera si vous êtes choisis ou pas comme immigrant. 

Là où le bât blesse, c’est que, selon le pointage actuel de la grille, le détenteur d’un doctorat en sociologie, par exemple, qui parle parfaitement le français, obtiendra plus de points qu’un candidat qui est un manutentionnaire expérimenté, qui maitrise peut-être moins bien le français, mais qui a en poche une offre d’emploi formelle d’une entreprise au Québec! Résultat du pointage : l’entreprise perd l’employé dont elle a besoin et le détenteur du doctorat se retrouve avec un emploi sous ses qualifications ou pire il joint les rangs des chômeurs québécois. Personne ne sort gagnant d’un tel exercice!

Les PME se réjouissent de l’entrée en vigueur de la nouvelle Loi sur l’immigration. Cependant, elles signalent aussi aux politiciens que le travail doit se poursuivre de manière urgente. Si l’immigration doit faire partie de la solution face à la pénurie de main-d’œuvre, qu’on se le dise, il est impératif d’adapter notre grille de sélection des immigrants aux vrais besoins du marché du travail québécois.

Bruno Leblanc, directeur des affaires provinciales pour le Québec à la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante