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Pénurie de main-d’œuvre: Les plus petites entreprises, les grandes oubliées

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Par François Vincent, Vice-président pour le Québec à la FCEI

Publié dans La Presse de 16 février 2020.

C’est un fait bien établi : la pénurie de main-d’œuvre sévit au Québec. Cette situation est particulièrement préoccupante pour les petites et moyennes entreprises (PME) qui dynamisent notre économie et nos régions.

Plus une entreprise est petite, plus le manque de main-d’œuvre la frappera gravement dans sa capacité à livrer ses services et produits. En effet, si une entreprise de trois employés perd un de ses travailleurs, elle perd 33 % de sa force de production. C’est majeur, et malheureusement, c’est la réalité de plusieurs entreprises des quatre coins du Québec.

Les PME en pleine tempête
Les données récentes de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) démontrent que les PME sont en plein cœur de la tempête de la pénurie de main-d’œuvre. Ce sont trois PME québécoises sur quatre qui se disent confrontées à ce phénomène. Pour faire face à ce problème, les dirigeants d’entreprise augmentent leurs heures de travail (76 %), ce qui aura certainement des impacts négatifs à long terme sur l’énergie et la santé de nos entrepreneurs.

De plus, la moitié des PME (49 %) se voient forcées de refuser des ventes ou des contrats : pensons aux pertes que cela représente pour toute l’économie du Québec. Ces constats sont loin d’être rassurants.

Le gouvernement du Québec est passé à l’action pour aider les entreprises à relever ce défi et nous reconnaissons les efforts qui sont faits. Il a mis en place plusieurs mesures, par exemple les mesures pour la formation continue, le crédit d’impôt pour les travailleurs expérimentés, etc. Mais qu’en est-il de l’utilisation des mesures gouvernementales par les PME ? La réponse surprend : 44 % des PME ne les utilisent pas. Pourquoi ? Parce qu’elles ne savent pas qu’elles existent (40 %), qu’elles les trouvent trop complexes (33 %) ou qu’elles ne peuvent y avoir accès (15 %).

Face à ces résultats, deux pistes de solution s’imposent. Premièrement, une meilleure communication gouvernementale est de mise pour rejoindre les propriétaires de PME. Deuxièmement, il y a matière à faciliter l’accès aux programmes.

Les plus petites sont les grandes oubliées
C’est peu connu, mais certaines règles fiscales créent un mur pour les plus petites entreprises des secteurs de la construction et des services qui sont confrontées au manque de main-d’œuvre. En effet, le gouvernement du Québec leur impose un taux d’imposition plus élevé (celui des grandes entreprises) et leur bloque l’accès au crédit d’impôt pour les travailleurs d’expérience, l’une des mesures les plus appréciées par les employeurs.

Afin de répondre aux particularités des PME, de soutenir leur croissance et de favoriser l’entrepreneuriat, toutes les provinces canadiennes leur offrent une réduction d’impôt.

C’est le cas aussi au Québec pour la plupart des entreprises, sauf qu’une iniquité s’est glissée dans les règles et discrimine les PME des secteurs de la construction et des services.

Les entreprises de ces secteurs doivent rémunérer annuellement 5500 heures (près de 3 employés à temps plein) pour y avoir droit complètement. Ainsi, si elles sont sous ce seuil, leur taux d’imposition est le même que celui des grandes entreprises. En d’autres mots, le dépanneur du quartier paiera 130 % plus d’impôt cette année, et 188 % plus l’an prochain, que son compétiteur qui a passé la barrière des heures ou qu’une PME qui se trouve dans les secteurs qui n’ont pas de restriction. Avoir accès au taux PME leur donnerait des outils pour offrir de meilleurs salaires pour garder ou attirer des employés.

La situation est pire lorsqu’on constate que l’accès au crédit d’impôt pour les travailleurs d’expérience impose la même barrière d’accès liée aux heures rémunérées dans les entreprises des secteurs des services et de la construction (5000 heures dans ce cas-ci, pour être vraiment précis). Ce crédit permet à une entreprise admissible de bénéficier d’un remboursement pouvant atteindre 50 % de sa part des cotisations salariales pour un employé âgé d’au moins 60 ans et d’un taux de 75 % pour un employé âgé d’au moins 65 ans. Pour les plus petites entreprises des secteurs de services et de la construction, le taux du crédit est facile à mémoriser : 0 %.

Si, par malheur, un entrepreneur décide de se lancer en affaires dans les secteurs autres que manufacturier et primaire, il se retrouve désavantagé et sans tous les outils pour relever le défi de l’heure au Québec que représente la pénurie de main-d’œuvre.

Mettre un terme à cette injustice
On pourrait disserter encore longtemps sur les impacts économiques, mais ici, il y a aussi une question d’équité.

Le gouvernement du Québec a l’opportunité de mettre un terme à cette injustice en éliminant la notion des heures rémunérées pour avoir accès à la réduction d’impôt pour les PME et au crédit pour les travailleurs d’expérience.

Monsieur le Premier Ministre, Monsieur le Ministre des Finances et Monsieur le Ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, je vous fais la demande : veuillez faire cesser cette iniquité le 10 mars prochain lors du dépôt du budget. Cela ferait une grande différence pour nos petites entreprises, créatrices d’emplois et de richesse dans toutes les régions du Québec.