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Retraites : le mirage d’une hausse des cotisations au RPC/RRQ

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Texte publié dans La Presse plus le 20 juin 2016

Alors que les ministres des Finances du Canada s’apprêtent à se rencontrer et que les questions liées à la retraite seront à l’ordre du jour, plusieurs voix s’élèvent pour demander d’augmenter les cotisations obligatoires que paient tous les épargnants au Régime de pensions du Canada (RPC) ou au Régime de rentes du Québec (RRQ). Mais est-ce qu’on nous présente tous les faits et sait-on réellement quels seraient les coûts et les bénéfices réels d’une telle hausse?

Prenons l’exemple d’un jeune couple où les deux travaillent dans le secteur privé et dont le revenu familial annuel s’élève à 100 000 $. Une hausse des cotisations au RRQ ou au RPC de 1,9 %, comme ce qui est proposé par plusieurs, représenterait environ 1 800 $ de moins sur leur paie chaque année. Voilà autant d’argent que notre jeune couple ne pourra donc investir dans d’autres produits qui auraient peut-être été plus profitables pour eux, comme l’achat de REER, d’une maison ou autre. Qui plus est, cela prendra près de 40 ans avant qu’ils ne puissent profiter pleinement des bénéfices liés à cette augmentation de leurs cotisations au régime public. De plus, si ce couple prévoit laisser un héritage à ses enfants en cas de décès, tout cet argent investi dans le RPC/RRQ sera en quelque sorte perdu, car contrairement à des placements dans une maison, un CELI ou un REER par exemple, ces cotisations ne peuvent être léguées aux héritiers.  

Un problème faussement généralisé 
Il faut aussi rappeler que, comme l’a démontré le Rapport d’Amours, le problème d’épargne-retraite est loin d’être aussi généralisé que certains le laissent croire. Ce constat a été notamment corroboré par des données publiées par la firme McKinsey qui montrent qu’environ 85 % des ménages québécois sont en bonne voie de maintenir ou d’augmenter leur niveau de vie à la retraite. Donc, pour soutenir un 15 % en difficulté, on propose de forcer 85 % des ménages à surépargner dans le régime public, n’eut égard à savoir si cela est la meilleure alternative pour eux, selon leur situation personnelle.

Des conséquences sur l’économie
Une hausse des cotisations aux régimes publics de retraite ne serait pas non plus sans conséquences pour l’économie. Il ne faut pas oublier que pour chaque sou versé par les travailleurs dans le RPC/RRQ, les employeurs doivent en verser tout autant. Ainsi, hausser les contributions au RPC/RRQ augmenterait d’autant leurs coûts de main-d’œuvre, et ce, sans que la productivité n’augmente. Les conséquences sur l’ensemble de l’économie sont évidentes : moins d’emplois créés, moins d’augmentations salariales, moins d’heures travaillées, moinsd’accroissement de richesse collective. Voilà ce dont nous n’avons nullement besoin, surtout dans l’état actuel de notre économie.  

Qui seraient alors les réels gagnants d’une hausse du RRQ? 
Ce que les tenants de cette hausse passent sous silence, c’est qu’elle permettrait d’abord et avant tout de diminuer la pression sur les régimes de retraite des syndiqués du secteur public qui, comme nous le savons, sont très généreux et coûtent très cher aux contribuables. En effet, si le RPC/RRQ verse plus d’argent aux employés de l’État, leurs régimes de retraite en auront moins à débourser pour compléter la pension qui leur a été promise, créant du même souffle, l’illusion que ces derniers coûtent moins cher au gouvernement. Toutefois, dans la réalité, l’ensemble des travailleurs se retrouverait à payer encore davantage pour les retraites dorées de la fonction publique.

Non à l’épargne forcée!
Devant l’ensemble de ces constats, pas étonnant qu’un récent sondage auprès des travailleurs canadiens démontre clairement que la très vaste majorité d’entre eux ne veut pas cotiser davantage aux régimes publics. S’ils avaient de l’argent disponible, ils préféreraient nettement investir dans les autres produits d’épargne-retraite tels les REER ou les CELI. Ainsi, au lieu de forcer 85 % des ménages à épargner encore davantage dans un régime qui ne leur convient  pas et d’affaiblir l’économie, il vaudrait mieux cibler là où les défis sont plus importants et s’attaquer à les régler par des mécanismes volontaires et mieux adaptés aux travailleurs concernés. Les régimes volontaires d’épargne-retraite ou encore la possibilité de cotiser volontairement davantage au RPC/RRQ représentent de bonnes avenues à explorer en la matière. Souhaitons que ce sont ces avenues que retiendront les ministres des Finances la semaine prochaine.

Martine Hébert et Simon Gaudreault
Les auteurs sont respectivement vice-présidente principale et économiste principal à la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI).