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Se donner les outils pour mieux encadrer notre transition énergétique

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Pour certains groupes, les articles du projet de loi 106 qui édictent la Loi sur les hydrocarbures vont à l’encontre des objectifs que le Québec s’est fixés en matière de lutte aux changements climatiques et pour cette raison, ces articles devraient être retirés du projet de loi sur la mise en oeuvre de la Politique énergétique 2030.

Il faut au contraire saluer cette nouvelle loi dont l’objectif est d’encadrer le développement et la mise en valeur des hydrocarbures sur le territoire québécois. À l’instar des autres ressources énergétiques disponibles ici, il est temps que le Québec se dote d’une loi moderne qui encadrera, on l’espère avec efficacité, les activités liées à l’exploration et l’éventuelle exploitation des ressources en hydrocarbures dont nous disposons.

La politique énergétique 2030 reconnaît que les revenus tirés de cette nouvelle filière pourraient avoir un impact positif sur les finances publiques. Deux évaluations environnementales stratégiques concluent que le Québec gagnerait à les exploiter. Si le Québec veut s’engager sur cette voie, il doit le faire avec rigueur. Le projet de Loi sur les hydrocarbures propose une marche à suivre, une approche nouvelle en matière d’énergies fossiles.

Plutôt que de voir des contradictions entre l’éventuelle exploitation du pétrole québécois et la volonté de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES), il faut examiner le portrait du Québec, qui consomme annuellement l’équivalent de 126 millions de barils de pétrole, dont l’approvisionnement provient à 100 % d’importations, et l’équivalent de 8,3 milliards de m3 de gaz naturel. Année après année, ce sont entre 11 et 15 milliards de dollars que nous dépensons directement sur les marchés étrangers pour satisfaire nos besoins en pétrole. On comprend alors que les revenus tirés d’une filière locale pourraient améliorer notre balance commerciale.

Mais au-delà de la logique économique, une logique environnementale nous invite à réfléchir au développement de nos ressources pétrolières. La production de ces ressources au Québec permettrait de réduire les distances de transport pour une partie de nos approvisionnements, ce qui nous permettrait de réduire nos émissions globales de GES. Le bilan carbone du Québec ne se limite pas à ce qui pourrait être produit ici, mais bien à l’ensemble des émissions provenant de notre consommation et de nos comportements.

En période de transition énergétique, il faut faire preuve de réalisme. S’il est essentiel de faire des efforts pour réduire nos émissions de GES, il n’est pas réaliste de penser que nous pourrons changer nos modes de consommation du jour au lendemain. Il faut réfléchir à la place qu’occupent les hydrocarbures dans notre vie de tous les jours et conserver une approche pragmatique.

La politique énergétique 2030 a pour objectif de privilégier une économie faible en carbone, tout en assurant la mise en valeur de nos ressources énergétiques. Les efforts des entreprises contribuent déjà à améliorer le bilan québécois en matière d’émissions de GES. Le gouvernement s’est engagé à réorganiser le processus d’évaluation des projets énergétiques pour le rendre plus efficace et plus cohérent. C’est là que réside le principal défi du projet de loi 106.

Nous croyons que le Québec doit miser sur l’exploitation judicieuse de ses ressources naturelles qui représentent, de façon indéniable, un de ses plus importants atouts. Il est illusoire de penser que la province puisse avoir une politique énergétique isolationniste, qui ne tient pas compte de ce qui se passe ailleurs.

La mise en oeuvre de la politique énergétique doit se faire dans une perspective de compétitivité et de synergie avec les autres provinces canadiennes et d’intégration au marché nord-américain. Pour y parvenir, il est souhaitable que nous ayons une vision claire de la situation et que soient proposées des avenues pragmatiques et réalistes en ce qui a trait au développement économique durable des différentes filières énergétiques, qu’elles soient traditionnelles ou émergentes.

 

Stéphane Forget, MBA
Président-directeur général intérimaire,
Fédération des chambres de commerce du Québec

Yves-Thomas Dorval
Président-directeur général,
Conseil du patronat du Québec

Martine Hébert
Vice-président principale,
Fédération canadienne de l’entreprise indépendante

Hélène Lauzon
Présidente-directrice générale,
Conseil patronal de l’environnement du Québec