Salle de presse

Il est urgent de repenser la collecte sélective au Québec

Rédigé par CFIB Media Centre | Jun 8, 2026 1:02:49 PM

Lettre ouverte publiée dans Le Journal de Montréal, le 7 juin 2026.

Voilà maintenant un peu plus d’un an que le système modernisé de collecte sélective est en place. Sur le plan des intentions, cette réforme se présente comme une politique publique prometteuse. Or, sur le terrain, la réalité est bien moins glorieuse.


Je me suis récemment entretenu avec un entrepreneur québécois œuvrant dans le secteur agroalimentaire qui a vu ses factures d’Éco Entreprises Québec grimper de 351 % sur 3 ans, alors que son chiffre d’affaires n’a augmenté que de 27 % sur la même période.


Autrement dit, les frais liés à la collecte sélective ont crû près de 13 fois plus rapidement que ses revenus!
Aujourd’hui, cette entreprise vend proportionnellement moins au Québec qu’en 2023. Près de 40 % de ses ventes sont maintenant réalisées hors province. En toute logique, sa facture aurait dû diminuer. Elle a pourtant explosé. 


En début d’année, le producteur a reçu plus de six factures totalisant près de 40 000 $, sans explications claires ni prévisibilité. Malgré plusieurs démarches auprès d’Éco Entreprises Québec, aucune réponse concrète ne lui a été fournie. Ces frais représentent près de 2 % de son chiffre d’affaires, soit l’équivalent d’un salaire qui aurait pu servir à créer de l’emploi ou à soutenir sa croissance. 


Ce témoignage est loin d’être isolé. Plusieurs PME québécoises œuvrant dans différents secteurs d’activité rapportent vivre la même situation. Pensons notamment aux éditeurs de magazines, pilier important pour la culture québécoise, qui ont vu leur survie menacée en raison de la hausse des tarifs d’Éco Entreprises Québec.


Soyons clair, nous ne critiquons pas la modernisation de la collecte sélective, mais plutôt la manière dont elle a été déployée et imposée aux entreprises.


Pourquoi le gouvernement du Québec s’est-il entêté à faire une réforme aussi ambitieuse étalée sur une courte période, alors que d’autres juridictions qui sont passées par là l’ont fait sans faire porter le fardeau disproportionnellement sur les entreprises ?


En Ontario, par exemple, le règlement encadrant la collecte sélective modernisée prévoit des exemptions pour les plus petits producteurs. Le Québec gagnerait à s’en inspirer. Actuellement une minorité des producteurs assume à elle seule 90 % des coûts du système, tandis que près de la moitié des producteurs sont des petites entreprises qui ne contribuent collectivement qu’à hauteur de 1 %.


Sous la pression de plusieurs groupes, dont Éco Entreprises Québec, le ministère de l’Environnement a révisé sa position administrative, notamment en reportant certaines cibles de récupération et de valorisation jugées trop ambitieuses. Cela est un premier pas dans la bonne direction, mais il demeure toutefois insuffisant. Le gouvernement doit aller de l’avant et entériner ces ajustements dans le Règlement. Une réforme aussi structurante doit être prévisible, graduelle et accompagnée de mesures de transition à la hauteur des coûts qu’elle engendre.


Les PME québécoises évoluent déjà dans l’un des cadres réglementaires et fiscaux les plus restrictifs en Amérique du Nord. La réforme de la collecte sélective ne fait qu’ajouter à la complexité auxquelles elles sont confrontées.


À l’heure où nous sommes en pleine pénurie d’entrepreneurs et que plus de la moitié des propriétaires de PME ne recommandent pas de se lancer en affaires, ajouter plus de coûts et de paperasses ne fera qu’empirer la situation.


Mais ce n’est que la pointe de l’iceberg. À cela s’ajoute aussi l’élargissement de la consigne des bouteilles de vin, une mesure que la SAQ refuse de prendre en charge. Ainsi, ce sont encore les petits détaillants qui devront absorber les coûts et la complexité de cette réforme. Une fois de plus, le fardeau est transféré vers ceux qui ont le moins de marge de manœuvre.


Il est encore temps d’ajuster le tir. Sans quoi, ce sont surtout les PME, pourtant essentielles à la vitalité économique et régionale, qui continueront d’absorber les conséquences d’un système mal arrimé à leur réalité.

Vincent Pâquet, analyste principal des politiques à la FCEI.