Salle de presse

Réforme de la consigne : arrêter maintenant avant de frapper un mur

Rédigé par CFIB Media Centre | Nov 3, 2026, 3:16:43 PM

Lettre ouverte publiée dans Le Journal de Montréal, le 3 novembre 2026.

Il est encore temps de bien faire les choses

Un milliard. C’est le nombre de contenants supplémentaires qui s’ajouteront le 1er mars 2027 au système de consigne déjà défaillant.


La réforme de la consigne, qui devait être un modèle de développement durable, est en train de devenir un problème économique, logistique et environnemental.


Pour justifier ce virage, le gouvernement québécois a fait miroiter la lutte contre les changements climatiques, l’augmentation du taux de récupération, l’efficacité du modèle proposé, la réduction de la confusion chez les citoyens, l’économie circulaire, un modèle simple et efficace. 
Dans les faits, les citoyens et les entreprises se sont plutôt retrouvés avec des nouveaux écofrais , des hausses majeures de tarifs pour les entreprises , une hausse du prix des produits  et une complexité administrative avec des sites de retour insuffisants et inefficaces . Et maintenant, ce sont des emplois qui sont en péril dans l’industrie du recyclage du verre !


Et le pire reste à venir : le véritable mur sera frappé le 1er mars 2027.


À cette date, la consigne sera élargie pour intégrer 372 millions de bouteilles de vin et de spiritueux, en plus des contenants multicouches comme les cartons de lait et de jus. Au total, c’est un milliard de contenants supplémentaires qui s’ajouteront à un réseau qui ne répond déjà pas aux attentes minimales.


Avec seulement 175 sites Consignaction en opération en septembre 2026, 1 milliard de contenants supplémentaires représentent 5,7 millions de contenants en plus par succursale, ce qui équivaut à 15 656 contenants supplémentaires par jour.


On avait promis une cible de 400 succursales en mars. Permettez-moi de douter. Pour y arriver, il faudrait ouvrir environ 2 succursales par jour. Si tel est le cas, cela ferait quand même 2,5 millions de contenants supplémentaires par point de retour par année, soit 6 849 contenants de plus par jour. 
Du côté des citoyens, ce milliard de contenants, réparti entre les 3 749 035 ménages québécois, représente 267 contenants supplémentaires par foyer.


Comment peut-on penser que ça va bien se passer? Il est encore temps de faire un pas de recul, avant de foncer à pleine vitesse tout droit dans le mur.

La solution est déjà devant notre porte : notre bac bleu. Il existe, et il est efficace.
En effet, un rapport commandé par Recyc-Québec indique que « la totalité ou presque (98 %) des ménages bénéficient du service de collecte des matières recyclables dans leur municipalité »  et « la quasi-totalité des gens récupèrent les matières recyclables systématiquement ou la plupart du temps (97 %) » .


Les Québécois recyclent. Il y a eu certains ratés, mais des investissements majeurs ont été effectués dans les centres de tri et nos matières sont déjà bien gérées. Selon les données d’Éco Entreprises Québec, en 2022, 120 800 tonnes de verre ont été recyclées grâce aux bacs avec un taux de récupération de 80,4 %. Pour les contenants à pignon (boissons), ce sont 5 763 tonnes, avec un taux de récupération de 81,3 % .
L’élargissement de la consigne, c’est créer un deuxième réseau qui vient cannibaliser le premier en lui retirant des matières qui se retrouvent déjà dans le bac bleu.


Je peux comprendre qu’on consigne les bouteilles de bière brunes à usages multiples qui seront lavées, remplies et remises sur le marché. Mais je ne comprends pas la différence entre une bouteille de boisson gazeuse en plastique et un pot de mayonnaise en plastique, ou entre une bouteille de jus en verre et un pot de sauce tomate en verre ou entre une canette de bière et un contenant en aluminium. Les uns sont consignés, les autres non. Pourtant, ce sont les mêmes matières.


Le gouvernement doit corriger le tir.
Ayons la confiance de revoir les fondements et de construire ensemble une politique publique qui fonctionne.


Pour y arriver, nous recommandons au gouvernement du Québec de créer un mandat d’initiative transpartisane portant sur la réforme du recyclage.


Il est encore temps de bien faire les choses.