Lettre ouverte publiée dans Le Soleil, le 4 mai 2026.
Si le Québec est une économie innovante, résiliente et ancrée dans ses régions, il le doit sans contredit aux petites et moyennes entreprises. Celles-ci façonnent sur tout le territoire le quotidien de millions de Québécoises et de Québécois et constituent le socle de notre économie.
Les chiffres parlent d’eux même : les PME représentent 98 % des entreprises au Québec. En incluant les travailleurs autonomes, elles assurent plus de la moitié de l’emploi total et génèrent près de 50 % du produit intérieur brut de la province. Dans toutes les régions, dans tous les secteurs, elles créent des emplois, soutiennent la vitalité des centres-villes, et offrent les services de proximité essentiels aux collectivités. Enracinées dans leur milieu, les PME rendent également possibles les opérations des plus grandes entreprises, dont la localisation ou les investissements relèvent davantage de considérations extrarégionales, voire internationales. En ce sens, c’est à nos PME que l’on doit l’ancrage territorial de l’économie.
Pourtant, derrière cette force collective apparaissent des signaux faibles à surveiller : le nombre total d’entreprises actives reste relativement stable, mais plusieurs indicateurs pointent vers un essoufflement entrepreneurial : baisse constante du nombre de travailleurs autonomes depuis une décennie, vieillissement des entrepreneurs, rotation d’entreprises relativement faible et recul tendanciel du taux de nouveaux entrepreneurs. Pris ensemble, ces mouvements laissent entrevoir un affaiblissement progressif du renouvellement entrepreneurial au Québec.
La question du repreneuriat est aussi symptomatique de l’enjeu. De nombreux entrepreneurs québécois prévoient quitter leur entreprise d’ici quelques années, et un sur cinq anticipe devoir fermer faute de relève. Contrairement aux grandes entreprises qui disposent d’équipes de gestion, de structures financières robustes et d’un meilleur accès aux capitaux, les PME reposent souvent sur une seule personne : le propriétaire-dirigeant. Lorsque la relève n’est pas au rendez-vous, l’entreprise disparaît, avec son expertise, ses emplois et son ancrage régional.
Cet essoufflement ne peut être qu’accentué par des conditions d’affaires qui pèsent de façon disproportionnée sur les petites entreprises. Le fardeau réglementaire et fiscal, les coûts élevés, les pénuries de main-d’œuvre et le manque de temps freinent l’investissement dans les PME et la modernisation des systèmes de gestion.
Les PME et les grandes entreprises n’évoluent pas à armes égales. Une norme ou un programme acceptables pour un grand groupe devient souvent un obstacle insurmontable pour une petite entreprise. Les politiques économiques qui n’exploitent pas pleinement les réalités propres aux PME mettent à risque la robustesse de l’économie et freinent l’action de l’entrepreneuriat dans la transformation harmonieuse et l’adaptation progressive des économies régionales.
À une période de turbulence technologique, démographique et concurrentielle, l’avenir économique du Québec et sa capacité à s’adapter dépendront largement de notre détermination à favoriser la création, la croissance et la transmission des PME. Une action publique vers des solutions pragmatiques et résolument efficaces doit être mis en place pour faciliter le transfert d’entreprise, alléger le fardeau fiscal, administratif et réglementaire, améliorer l’accès au financement et accompagner les entrepreneurs dans l’adoption de l’automatisation. Il ne s’agit pas seulement de préserver des entreprises, mais de protéger un modèle économique qui fait la richesse et la diversité du Québec.
Les PME ont porté le Québec à bout de bras à travers les crises. Il est maintenant temps de leur donner l’élan nécessaire pour assurer la relève et bâtir une prospérité durable.
Audrey Azoulay, économiste à illo économie et François Vincent, vice‑président pour le Québec à la FCEI.