Rapports de recherche

L’exposition inégale du Canada à la guerre commerciale américaine : Provinces et secteurs les plus à risque

Rédigé par admin | 30 oct. 2026, 11:00:00

Résumé

    • Le tiers des PME canadiennes se disent fortement affectées par les contre-tarifs canadiens (32 %) et les tarifs américains (30 %).
    • La source des pressions tarifaires varie selon les provinces et les secteurs : certains sont touchés principalement par les tarifs américains, d’autres par les contre-tarifs canadiens.
    • Près de la moitié des PME (47 %) ont vu leurs bénéfices diminuer depuis août. Les proportions les plus élevées d’entreprises ayant subi une baisse de leurs bénéfices se trouvent en Ontario (53 %) et dans le secteur de la fabrication (63 %).
    • Pour atténuer la pression sur les coûts, les propriétaires d’entreprise réclament une baisse des impôts et des mesures pour s’attaquer aux coûts d’exploitation. 

Depuis la dernière vague de tarifs américains et canadiens, en août 2026, les entreprises de partout au Canada font face à des coûts plus élevés et à une incertitude accrue, mais elles ne sont pas toutes touchées de la même façon. Si près de la moitié des PME ont vu leurs bénéfices diminuer depuis août 2026, l’impact varie grandement selon la province et le secteur. À partir des résultats du Sondage Votre Voix d’octobre 2026[1,2] de la FCEI mené auprès des petites et moyennes entreprises du Canada, ce blogue examine quels provinces et secteurs sont les plus durement touchés, comment les entreprises réagissent et quelles politiques pourraient les aider.

Près de la moitié des entreprises ont vu leurs bénéfices diminuer, mais certaines provinces sont plus durement touchées 

À l’échelle nationale, depuis août 2026, environ une entreprise sur trois se dit fortement affectée par les tarifs américains (30 %) et par les contre-tarifs canadiens (32 %). Dans l’ensemble, près de la moitié des propriétaires d’entreprise (47 %) ont vu leurs bénéfices diminuer. À première vue, la baisse des bénéfices semble toucher davantage d’entreprises que celles qui sont le plus directement affectées par les tarifs. Cela donne à penser que les effets de la guerre commerciale pourraient s’étendre au-delà des entreprises qui se disent fortement affectées par les tarifs, notamment par la hausse des coûts, une demande plus faible ou des perturbations ailleurs dans la chaîne d’approvisionnement.

Ces résultats nationaux masquent toutefois d’importantes différences entre les provinces quant à la façon dont les pressions tarifaires se répercutent sur les entreprises. Si l’intensité des pressions tarifaires est globalement semblable d’une province à l’autre, leur source diffère. Dans sept des huit provinces présentées au tableau 1, de 27 % à 36 % des entreprises se disent fortement affectées par au moins l’un des deux tarifs, et le Nouveau-Brunswick se démarque à 43 %. Mais la répartition varie fortement. Le Manitoba et l’Ontario sont surtout touchés par les contre-tarifs canadiens (36 % et 35 %, contre 20 % et 31 % pour les tarifs américains), tandis que le Nouveau-Brunswick et la Colombie-Britannique sont surtout touchés par les tarifs américains
(43 % et 33 %, contre 36 % et 27 % pour les contre-tarifs). L’Alberta et le Québec sont touchés à peu près également par les deux (Alberta : 32 % et 34 %; Québec : 30 % et 28 %).

Tableau 1 :   Entreprises fortement affectées par les tarifs américains et les contre-tarifs canadiens, par province
 

Source :  FCEI, Sondage spécial sur les assurances, du 18 mars au 9 mai 2024, n = 82. 
Questions :   Qui est le principal assureur de votre entreprise? (Sélectionner toutes les réponses pertinentes)
Remarque :  Les répondants ayant indiqué « Je ne sais pas/pas sûr » ou ayant sélectionné plusieurs réponses n’ont pas été pris en compte dans l’analyse. 

La source des pressions tarifaires varie d’une province à l’autre, mais cela se traduit-il par des résultats différents? La figure 1 compare les pressions tarifaires dans les provinces à la baisse des bénéfices déclarée.

Figure 1 :   Entreprises fortement affectées par les tarifs américains et les contre-tarifs canadiens, par province
Source : FCEI, Sondage Votre Voix, octobre 2026, résultats finaux; n = 1 478 (bénéfices), 902 et 874 (évaluation des tarifs).
Questions : (1) Sur une échelle de 1 à 10, dans quelle mesure les tarifs américains et les contre-tarifs canadiens ont-ils affecté les activités de votre entreprise? (2) Depuis l’intensification de la guerre commerciale Canada-États-Unis en août 2026, avez-vous observé des changements dans les bénéfices totaux de votre entreprise?
Notes : (1) Chaque bulle représente une province. Sa position indique la part des entreprises fortement affectées par chaque tarif : au-dessus de la diagonale, les tarifs américains pèsent davantage; en dessous, ce sont les contre-tarifs canadiens. La taille des bulles et le pourcentage indiqué correspondent à la part des entreprises ayant subi une baisse de leurs bénéfices; les bulles foncées sont égales ou supérieures à la moyenne nationale (47 %). (2) Fortement affectée = note de 8 à 10. (3) *Moins de 40 entreprises ont évalué l’un des tarifs. (4) Les provinces et territoires comptant moins de 10 réponses ne sont pas présentés (Î.-P.-É., T.N.-O., Yukon).

Quatre provinces (en bleu) affichent une part d’entreprises ayant subi une baisse de leurs bénéfices égale ou supérieure à la moyenne nationale (47 %) : l’Ontario (53 %) et l’Alberta (52 %). La source des pressions tarifaires diffère, l’Ontario étant surtout touché par les contre-tarifs canadiens et l’Alberta, à peu près également par les deux tarifs, mais le résultat est le même : une baisse des bénéfices supérieure à la moyenne. Le Québec et la Saskatchewan semblent plus résilients : leurs entreprises sont à peu près aussi exposées aux tarifs que la moyenne nationale, mais une plus faible part d’entre elles ont vu leurs bénéfices diminuer (36 % et 35 %). 

Quels secteurs sont les plus duremont touchés : le secteur manufacturier dans une catégorie à part

Le portrait national masque des écarts encore plus importants entre les secteurs qu’entre les provinces. Certains secteurs sont beaucoup plus exposés aux tarifs que d’autres, et la source des pressions varie d’un secteur à l’autre (tableau 2).

Dans dix des treize secteurs présentés au tableau 2, de 25 % à 47 % des entreprises se disent fortement affectées par le tarif qui les touche le plus. La fabrication se démarque comme le seul secteur durement touché des deux côtés : près de la moitié des entreprises se disent fortement affectées par les tarifs américains (47 %) et par les contre-tarifs canadiens (46 %). Le commerce de gros est presque aussi exposé, mais surtout par les contre-tarifs (45 %), tout comme le commerce de détail (33 %) et la gestion et l’administration d’entreprise (17 %). L’agriculture (32 %), les arts, loisirs et information (29 %) et les services professionnels (20 %) sont surtout touchés par les tarifs américains. Les autres secteurs, dont la construction, l’hébergement et la restauration ainsi que les services personnels et autres services, sont touchés à peu près également par les deux.

Tableaux 2 :   Entreprises fortement affectées par les tarifs américains et les contre-tarifs canadiens, par secteur


Source : FCEI, Sondage Votre Voix, octobre 2026, résultats finaux; n = 902 (tarifs américains) et 874 (contre-tarifs canadiens).
Questions : (1) Sur une échelle de 1 à 10, dans quelle mesure les tarifs américains et les contre-tarifs canadiens ont-ils affecté les activités de votre entreprise? (2) Fortement affectée = note de 8 à 10. (3) *Moins de 40 entreprises ont évalué l’un des tarifs. (4) Le secteur des ressources naturelles n’est pas présenté (moins de 10 réponses). (5) Principale source d’impact tarifaire : le tarif qui affecte fortement une part d’entreprises supérieure d’au moins 4 points de pourcentage à celle de l’autre tarif; sinon, les deux (à peu près égaux). 

Pour voir comment les tarifs américains et les contre-tarifs canadiens touchent les différentes parties de l’économie, nous comparons, par secteur, la part des entreprises fortement affectées par chaque tarif et la part de celles qui ont vu leurs bénéfices diminuer (figure 2).

Figure 2 : Principale pression tarifaire et baisse des bénéfices, par secteur

Source : FCEI, Sondage Votre Voix, octobre 2026, résultats finaux; n = 1 478 (bénéfices), 902 et 874 (évaluation des tarifs).
Questions : 1. Sur une échelle de 1 à 10, dans quelle mesure les tarifs américains et les contre-tarifs canadiens ont-ils affecté les activités de votre entreprise? 2. Depuis l’intensification de la guerre commerciale Canada-États-Unis en août 2026, avez-vous observé des changements dans les bénéfices totaux de votre entreprise?
Notes : (1) Chaque bulle représente un secteur. Sa position indique la part des entreprises fortement affectées par chaque tarif : au-dessus de la diagonale, les tarifs américains pèsent davantage; en dessous, ce sont les contre-tarifs canadiens. La taille des bulles et le pourcentage indiqué correspondent à la part des entreprises ayant subi une baisse de leurs bénéfices; les bulles foncées sont supérieures à la moyenne nationale (47 %). (2) Fortement affectée = note de 8 à 10. (3) *Moins de 40 entreprises ont évalué l’un des tarifs. (4) Le secteur des ressources naturelles n’est pas présenté (9 réponses).

Neuf secteurs (en bleu) affichent une part d’entreprises ayant subi une baisse de leurs bénéfices supérieure à la moyenne nationale (47 %) : la fabrication (63 %), les transports (60 %), l’hébergement et la restauration (54 %), les arts, loisirs et information (53 %), l’agriculture (51 %), les services personnels et autres services (51 %), le commerce de détail (48 %), le commerce de gros (48 %) et les services sociaux (48 %). Dans la plupart de ces secteurs, une forte exposition aux tarifs va de pair avec une baisse des bénéfices.

L’inverse est aussi vrai. Les secteurs de la finance, des assurances, de l’immobilier et de la location à bail (26 %), des services professionnels (23 %) et de la gestion et de l’administration d’entreprise (33 %) affichent tous moins de baisses de bénéfices et des impacts tarifaires relativement faibles. La construction, malgré une exposition proche de la moyenne nationale (33 % et 30 %), affiche aussi une part d’entreprises ayant vu leurs bénéfices diminuer inférieure à la moyenne (42 %).

La guerre commerciale ne touche pas toutes les entreprises de la même façon. Les différences entre les provinces façonnent les résultats, tandis que les différences entre les secteurs façonnent l’exposition. Comment les entreprises réagissent-elles?

Les ajustements de prix arrivent en tête des réponses des propriétaires d’entreprise

Face aux défis posés par la guerre commerciale, environ trois entreprises sur cinq (62 %) affirment avoir pris des mesures depuis août. L’augmentation des prix des biens ou services est la mesure la plus courante (40 %), suivie de la recherche de fournisseurs ou de marchés au Canada (28 %), de l’absorption des coûts découlant des tarifs (24 %) et d’une promotion accrue des produits canadiens (23 %) (figure 3).

Figure 3 : Les entreprises augmentent d’abord leurs prix, et une sur cinq a mis ses investissements en veilleuse

Mesures prises depuis août 2026

Source : FCEI, Sondage Votre Voix, octobre 2026, résultats finaux; n = 1 530
Question : Depuis l’intensification de la guerre commerciale Canada-États-Unis en août 2026, votre entreprise a-t-elle pris l’une des mesures suivantes? (Sélectionner toutes les réponses pertinentes)
Note : Les parts d’entreprises ayant sélectionné « Sans objet – nous n’importons/exportons pas de marchandises en provenance ou à destination des États-Unis et n’avons pas pris de mesure » (26 %), « Sans objet – nous importons/exportons des marchandises en provenance ou à destination des États-Unis, mais n’avons pas pris de mesure » (5 %), « Je ne sais pas/pas sûr » (7 %) et « Autre (préciser) » (5 %) ne sont pas présentées.

Bon nombre de ces réponses impliquent des compromis difficiles. Par exemple, la hausse des prix peut affaiblir la demande, tandis qu’absorber les tarifs protège les ventes, mais réduit les marges. Changer de fournisseurs peut réduire l’exposition aux tarifs, mais oblige souvent les entreprises à trouver de nouveaux produits, à renégocier des contrats ou à payer des prix plus élevés.

Certaines entreprises procèdent à des ajustements plus lourds de conséquences. Une entreprise sur cinq (20 %) a annulé ou reporté des projets d’investissement ou d’expansion, 14 % ont envisagé de fermer, de vendre ou de réduire leurs activités, 12 % ont réduit leurs coûts de main-d’œuvre et 12 % ont demandé du financement ou un prêt supplémentaire. Contrairement aux changements de prix ou d’approvisionnement, ces décisions peuvent avoir des conséquences plus durables sur la croissance et la capacité des entreprises.

Par ailleurs, le recours aux mesures d’allègement tarifaire existantes demeure faible. Seulement 3 % des entreprises dans l’ensemble, et 10 % des entreprises manufacturières, ont présenté une demande d’allègement tarifaire, d’exemption ou de remise. Cela soulève une question importante : si les entreprises subissent des pressions importantes, mais que relativement peu d’entre elles ont recours au soutien offert, les programmes ratent-ils leur cible? Une faible participation pourrait indiquer que la notoriété des programmes, leur accessibilité, leurs critères d’admissibilité ou leur conception même limitent leur utilité pour les entreprises qu’ils visent à aider. Il est essentiel de comprendre les besoins des entreprises pour répondre à leurs difficultés.

La grande majorité des entreprises souhaitent une baisse des impôts et un allègement des coûts élevés 

Lorsqu’on leur demande ce qui aiderait leur entreprise à réussir, les propriétaires placent la baisse des impôts et des coûts d’exploitation en tête de liste (figure 4). Les deux tiers des entreprises (65 %) affirment que réduire le fardeau fiscal global aurait un impact positif important sur leur succès, et 58 % en disent autant de s’attaquer à l’augmentation des prix et des coûts d’exploitation. L’appui est encore plus large lorsqu’on inclut les impacts positifs modérés et mineurs : respectivement 95 % et 94 % des entreprises s’attendent à tirer au moins un certain avantage de ces mesures.

Figure 4 : Impact global attendu de dix mesures sur le succès des entreprises

Source : FCEI, Sondage Votre Voix, octobre 2026, résultats finaux; n = entre 1 388 et 1 398
Question : Quel serait l’impact de chacune des mesures suivantes sur le succès de votre entreprise? (Sélectionner une réponse par ligne)
Note : Cette question a été posée à tous les propriétaires d’entreprise ayant répondu au sondage, et non seulement aux entreprises affectées par les tarifs.

Ce qu’il faut retenir 

La guerre commerciale ne se traduit pas par une expérience unique pour les entreprises canadiennes. Les différences entre les provinces et les secteurs comptent, tout comme les canaux par lesquels les entreprises sont touchées. Alors que le conflit se poursuit, le défi des décideurs sera de s’attaquer aux pressions directes et indirectes qui pèsent sur les PME canadiennes. Si un soutien ciblé lié aux tarifs demeure important pour les secteurs les plus exposés, le message le plus fort des entreprises est plus large : une baisse des impôts et des coûts d’exploitation serait ce qui contribuerait le plus à leur succès.