Rapports de recherche

De la hausse des coûts à l’action : les petites entreprises canadiennes face aux prix élevés du carburant

Rédigé par admin | 24 avr. 2026 15:08:03

 

Résumé

  • Les coûts du carburant atteignent des niveaux records de pression : une proportion historique de 74 % des PME indiquent que le carburant est un coût d’intrants problématique, soit le niveau le plus élevé observé depuis le début de la série dans le Baromètre des affairesᴹᴰ mensuel de la FCEI. 
  • Le carburant devient le principal défi des entreprises : six petites entreprises sur dix citent le carburant parmi leurs plus grands défis, devant les taxes et impôts, la main-d’œuvre et l’incertitude économique. 
  •  Les profits et l’investissement sont sous pression : plus de sept PME sur dix qui sont touchées par la hausse des coûts du carburant l’absorbent en réduisant leurs marges, ce qui entraîne des reports ou des annulations d’investissements. 

Les petites et moyennes entreprises (PME) canadiennes évoluent dans un environnement de coûts de plus en plus complexe et difficile à gérer. Parmi les nombreuses pressions auxquelles elles font face, l’énergie se démarque comme une dépense incontournable — devenue à la fois plus volatile et plus perturbatrice pour les activités quotidiennes. Ce blogue examine ce que la hausse des coûts du carburant signifie pour les entrepreneurs, comment ils font face aux pressions au jour le jour et quelles mesures pourraient permettre de rendre ces coûts plus prévisibles et plus faciles à gérer.

Les coûts de l'energie constituent une pression incontournable et croissant pour les PME

Les coûts de l’énergie affectent les PME par de multiples canaux. Au‑delà des dépenses directes comme l’électricité, le carburant et le gaz naturel, les prix de l’énergie sont intégrés à l’ensemble des chaînes d’approvisionnement, influençant les coûts de transport, les coûts des intrants et les prix finaux. Contrairement aux grandes entreprises, les PME disposent d’une capacité limitée pour se protéger contre les fluctuations de prix ou pour répercuter pleinement la hausse des coûts sur leurs clients, ce qui les rend particulièrement vulnérables aux augmentations soutenues et à la volatilité des prix.

L’évolution récente des prix du carburant met en évidence l’ampleur de cette exposition. L’incertitude accrue sur les marchés mondiaux de l’énergie — notamment les risques associés aux routes maritimes stratégiques comme le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ 20 % de l’approvisionnement mondial en pétrole — a contribué à de fortes hausses des prix du carburant que les petites entreprises ont peu de capacité à anticiper ou à gérer.

Au cours des trois derniers mois, le prix moyen national de l’essence ordinaire a augmenté fortement, progressant d’environ 39 %, passant d’environ 1,37 $ le litre à la fin janvier à près de 1,90 $ le litre au 9 avril 2026 (figure1). Des hausses marquées ont été observées dans les grands centres urbains, et même les marchés traditionnellement caractérisés par des prix plus bas ont connu des tendances nettement à la hausse, ce qui souligne le caractère généralisé des pressions liées aux coûts du carburant.

Figure 1 : Malgré l'assouplissement récent, les prix de l'essence demeurent élevés par rapport aux niveaux d'avant la crise

Sources :  Ressources naturelles Canada, prix de détail moyens quotidiens de l’essence ordinaire en 2026 

Malgré la suspension temporaire de la taxe d’accise fédérale sur le carburant entrée en vigueur le 20 avril, les prix du carburant demeurent élevés. En date du 22 avril, le prix moyen de l’essence ordinaire s’établissait à 1,72 $ le litre, soit encore environ 26 % de plus qu’à la fin janvier (figure1).

Plus préoccupant encore, cette volatilité ne devrait pas s’atténuer rapidement. Même dans un scénario où les tensions géopolitiques actuelles se stabiliseraient au cours des prochaines semaines, les estimations actuelles indiquent qu’une normalisation des prix de l’énergie ne surviendrait pas avant la fin de 2026[1]. Les propriétaires d’entreprises partagent ce constat: 85 % d’entre eux se disent préoccupés par les effets négatifs des prix de l’énergie sur leur entreprise au cours des 12 prochains mois.[2]

La proportion de PME signalant des difficultés liées aux coûts du carburant atteint un niveau record

Dans ce contexte, le plus récent Baromètre des affairesᴹᴰ mensuel de la FCEI — un sondage national de longue date qui suit les conditions des petites entreprises et les pressions liées aux coûts — fait état d’une escalade sans précédent des tensions liées au carburant. La proportion de propriétaires d’entreprises déclarant des difficultés attribuables aux coûts du carburant est de
74 % en avril 2026, un niveau record dans la série de données
(figure 2). 

En conséquence, le carburant s’impose désormais comme la contrainte liée aux coûts des intrants la plus fréquemment citée par les PME en avril, devant les enjeux liés à la main‑d’œuvre, aux coûts fiscaux et réglementaires et aux autres dépenses d’exploitation.

Figure 2 :  Les coûts du carburant atteignent un sommet historique en tant que principal obstacle lié aux coûts des intrants pour les PME

Sources :FCEI, Sondage Les perspectives de votre entreprise, Septembre 2013-Avril 2026.
Question :  Parmi les coûts d’intrants suivants, lesquels posent actuellement des problèmes à votre entreprise ? (Sélectionnez toutes les réponses pertinentes)
Note : À compter de janvier 2024, l’option de réponse « Coûts du carburant et de l’énergie » a été scindée en trois catégories distinctes : « Coûts du carburant », « Coûts de l’électricité » et « Autres coûts de l’énergie ». Par conséquent, les données antérieures à janvier 2024 reflètent une mesure combinée des coûts du carburant, de l’électricité et des autres sources d’énergie.   

Les coûts du carburant s'imposent comme le principal défi pour les entreprises
 

Afin d’analyser les effets de la hausse des prix du carburant sur les petites entreprises canadiennes, la manière dont les propriétaires y réagissent et les implications en matière de politique énergétique, le présent blogue s’appuie sur les résultats de deux sondages de la FCEI: le Sondage omnibus Votre voix d’avril 2026 et un sondage spécial sur l’énergie mené en mars 2026.

De façon similaire aux conclusions du Baromètre des affairesᴹᴰ mensuel, notre plus récent sondage omnibus confirme que les coûts du carburant sont passés du statut de préoccupation croissante à celui de défi le plus généralisé auquel font face les entreprises canadiennes. À l’échelle nationale, six propriétaires d’entreprises sur dix identifient actuellement les coûts du carburant comme l’un de leurs plus gros défis, ce qui en fait le défi le plus fréquemment cité (figure3).

Les coûts du carburant constituent rarement un enjeu isolé. Les entreprises confrontées à des prix plus élevés du carburant doivent simultanément composer avec les taxes, d’autres coûts d’exploitation, l’incertitude économique et des contraintes financières. Ces pressions se renforcent mutuellement, comprimant les marges et réduisant la marge de manœuvre opérationnelle.

Figure 3 : Les coûts du carburant constituent le principal défi pour les entreprises 

Sources :FCEI, Sondage Votre voix d’avril 2026, résultats préliminaires en date du 9 avril 2026. Sondage en cours, n = 1130.
Question : Quels sont les plus gros défis auxquels votre entreprise fait face actuellement? (Sélectionner toutes les réponses pertinentes) [Part des répondants (%)]
Note : *Taille d'echantillon < 40. 

Bien que les coûts du carburant touchent les entreprises de toutes tailles, l’exposition augmente avec la taille de l’entreprise. La proportion d’entreprises citant les coûts du carburant comme défi majeur augmente de façon soutenue à mesure que la taille de l’entreprise augmente, atteignant près des deux tiers parmi celles comptant de 20 à 49 employés (figure3). Les PME de plus grande taille exploitent généralement davantage de véhicules, transportent des volumes plus élevés de marchandises et dépendent davantage de chaînes logistiques à forte intensité énergétique, ce qui les rend particulièrement vulnérables aux chocs liés aux prix du carburant.

Les plus petites entreprises, en particulier les microentreprises (0 à 4 employés), déclarent une exposition directe légèrement moindre, mais sont plus susceptibles de mentionner des pressions financières et une faible demande parallèlement à la hausse des coûts du carburant, ce qui laisse entendre que même des augmentations modestes des coûts peuvent avoir des effets disproportionnés sur les flux de trésorerie.

Les différences sectorielles accentuent davantage cette dynamique. Les coûts du carburant sont le plus souvent signalés comme un défi dans les secteurs de l’agriculture, du transport, de la construction et de l’hébergement et la restauration, où l’utilisation du carburant est profondément intégrée aux activités quotidiennes. Dans l’agriculture et le transport, plus de quatre entreprises sur cinq déclarent que les coûts du carburant constituent un défi, ce qui reflète à la fois la consommation directe et la vulnérabilité aux perturbations de l’approvisionnement mondial. Les pressions élevées observées dans la construction et le secteur de l’hébergement et de la restauration illustrent quant à elles la manière dont la hausse des prix de l’énergie se propage désormais à l’ensemble des chaînes d’approvisionnement, touchant tant les secteurs de biens que les secteurs de services, même lorsque le carburant ne constitue pas un intrant principal.

Comment les PME réagissent‑elles à la hausse des coûts du carburant? 
 

Les PME canadiennes confrontées à des coûts élevés du carburant réagissent principalement par des mesures de maîtrise des coûts à court terme, plutôt que par des ajustements structurels. À l’échelle nationale, sept entreprises sur dix touchées par les pressions liées aux coûts du carburant indiquent absorber les hausses par une réduction de leurs profits, ce qui met en évidence leur marge de manœuvre limitée.

Au‑delà de la compression des marges, la moitié des entreprises ont augmenté les prix facturés aux clients, un tiers ont reporté des investissements prévus et près d’une sur cinq a annulé des investissements entièrement (figure 4).

Figure 4 :  Les entreprises absorbent la hausse des coûts du carburant, avec une répercussion limitée sur les clients 

Sources : FCEI, Sondage Votre voix d’avril 2026, résultats préliminaires en date du 9 avril 2026. Sondage en cours, n = 671.
Question : Quelles mesures avez-vous prises pour votre entreprise, le cas échéant, en réponse à la hausse des coûts du carburant? (Sélectionner toutes les réponses pertinentes) [Part des répondants (%)]
Note : *Taille d'échantillon < 40.

Dans l’ensemble, les profils de réponse sont largement cohérents tant selon la taille des entreprises que selon les secteurs d’activité. Du point de vue de la taille, les trois principales mesures ressortent dans presque toutes les catégories, ce qui témoigne d’un ensemble de réponses largement partagé. De la même façon, les tendances sectorielles présentent un fort degré de convergence, l’absorption des hausses de coûts par une réduction des profits figurant comme la principale réponse dans tous les secteurs.

Le principal facteur de différenciation tient au fait que les entreprises des secteurs de la construction, du transport et du commerce de gros figurent parmi les plus susceptibles de répercuter ces coûts sur leurs clients, ce qui reflète leur plus grande exposition aux hausses du carburant et leur capacité plus limitée à absorber des augmentations de coûts prolongées.

Lorsque les propriétaires d’entreprises sont contraints non seulement d’accepter des marges bénéficiaires plus faibles, mais aussi, dans certains cas, d’augmenter leurs prix, cela entraîne une érosion du pouvoir d’achat des consommateurs et affaiblit la demande pour les biens et services offerts par les entreprises. Avec le temps, cette dynamique engendre un cercle vicieux pour les PME, dans lequel la hausse des coûts, la faiblesse de la demande et la rentabilité limitée rendent l’exploitation et la croissance des entreprises de plus en plus difficiles.

C’est dans ce contexte plus large que la FCEI a exprimé ses préoccupations quant à l’émergence d’une pénurie entrepreneuriale au Canada, soulignant que l’environnement économique actuel ne fait qu’accentuer ces défis. La maîtrise des pressions liées aux coûts du carburant et de l’énergie devient donc un levier essentiel pour améliorer le climat des affaires et soutenir la viabilité à long terme des petites entreprises.

Améliorer la résilience énergétique des PME
 

Les efforts visant à protéger l’économie contre les chocs externes nécessitent une meilleure mobilisation des ressources nationales afin d’atténuer les effets des perturbations externes. Dans le cas de l’énergie et du carburant, une solution clé pour le Canada réside dans le développement plus complet de ses ressources énergétiques nationales — une opinion largement partagée par les PME. Près de neuf petites entreprises sur dix estiment que le Canada devrait agir rapidement pour accroître la production d’énergie, notamment le pétrole et le gaz naturel liquéfié, afin de faire face à d’éventuelles pénuries découlant de perturbations mondiales (figure5).

Figure 5 :  Neuf entreprises sur dix appuient l’expansion de l’offre énergétique du Canada pour faire face aux perturbations mondiales 

Sources: FCEI, Sondage sur l’énergie 2026 — mars 2026, résultats préliminaires au 5 mars 2026. Sondage en cours, n = 1226.
Question: Dans quelle mesure êtes-vous d’accord ou pas d’accord avec les énoncés suivants concernant l’énergie? | Le Canada devrait agir rapidement pour accroître son approvisionnement énergétique (c.-à-d. pétrole, gaz naturel liquéfié) afin de combler les pénuries qui pourraient découler de perturbations mondiales

Dans cet esprit d’action, le gouvernement fédéral a récemment annoncé une suspension temporaire des taxes d’accise sur l’essence et le diesel, en vigueur du 20 avril au 7 septembre.

Au‑delà de cet allègement fiscal immédiat, les PME réclament clairement une stratégie énergétique à long terme plus cohérente et mieux coordonnée. Le Canada est bien positionné pour réduire son exposition aux perturbations mondiales de l’énergie, avec les troisièmes plus importantes réserves prouvées de pétrole au monde, la quatrième plus grande production d’uranium, et près de 80 % de sa production d’électricité provenant de sources sans carbone[3]. Une coordination à l’échelle nationale est essentielle pour que le Canada puisse pleinement tirer parti de ses atouts énergétiques.

Conclusion

La hausse des prix du carburant est devenue un défi central pour les PME canadiennes, mettant en lumière leur capacité limitée à absorber des chocs prolongés liés aux coûts de l’énergie. Pour y faire face, de nombreuses PME acceptent des marges bénéficiaires plus faibles, répercutent partiellement les coûts sur leurs clients et reportent ou annulent des investissements — des mesures qui peuvent offrir un répit à court terme, mais qui risquent de nuire à la compétitivité et à la croissance à long terme.

Alors que la volatilité des prix du carburant constitue désormais une contrainte opérationnelle majeure, les entreprises ont besoin d’une plus grande prévisibilité des coûts et de mesures allant au‑delà des allégements temporaires afin de pouvoir planifier, investir et s’adapter dans un environnement énergétique de plus en plus incertain.

Afin d’aider les petites entreprises à composer avec les pressions persistantes liées aux coûts du carburant et à maintenir leurs activités, les gouvernements peuvent:

  • Éliminer définitivement la «taxe sur la taxe» :
    Le gouvernement fédéral devrait mettre fin de façon permanente à la pratique consistant à appliquer la TPS sur les taxes d’accise sur le carburant.
  • Accorder un allègement des taxes d’accise en période de prix élevés :
    Les gouvernements fédéral et provinciaux devraient suspendre ou réduire les taxes d’accise sur le carburant jusqu’à ce que les prix se rapprochent davantage des niveaux d’avant la crise.
  • Renforcer l’abordabilité et la sécurité énergétiques à long terme du Canada :
    Les gouvernements fédéral et provinciaux devraient accélérer les projets d’infrastructure, améliorer l’accès aux marchés et renforcer l’intégration énergétique est‑ouest afin de contribuer à la stabilisation des prix et d’améliorer l’abordabilité pour les entreprises partout au pays.