Le déclenchement du conflit entre l’Iran et les États-Unis plus tôt cette année a fait grimper les prix de l’essence à un pic de trois ans, accentuant la pression sur les budgets des ménages et des entreprises partout au Canada.
Les prix du carburant ont une incidence tangible sur les finances des ménages partout au Canada. Un récent sondage Léger réalisé en juin 2026 a révélé que 72 % des Canadiens affirment que la hausse des prix de l’essence et du diesel a un effet négatif sur leurs finances personnelles. Plus important encore, de nombreux Canadiens modifient déjà leurs habitudes de consommation pour s'ajuster aux coûts plus élevés. Le sondage indique que 38 % sortent moins souvent, 25 % réduisent leurs dépenses dans d’autres domaines afin de payer le carburant et 22 % diminuent leurs projets de voyage estivaux.
Ces changements sont importants pour les petites entreprises. Lorsque les ménages consacrent une plus grande part de leur budget au carburant, il leur reste moins d’argent pour des achats discrétionnaires comme les sorties au restaurant, le magasinage au détail, le tourisme, les loisirs et les services personnels. Par conséquent, de nombreuses PME pourraient connaître une demande plus faible pour bon nombre des biens et services qu’elles offrent.
Bien que l’attention se soit surtout portée sur les effets des tensions géopolitiques au Moyen-Orient sur les marchés du pétrole et du carburant, les conséquences se font sentir dans les rues commerçantes partout au Canada. Pour les petites entreprises qui font déjà face à des coûts d’exploitation élevés, la hausse des prix du carburant crée une double pression : des coûts en hausse d’un côté et une demande des consommateurs plus faible de l’autre. Ce billet de blogue explore la façon dont cette dynamique touche les petites entreprises canadiennes.
Les petites entreprises continuent de faire face à des coûts d’exploitation élevés. La hausse des coûts du carburant accroît les coûts de transport et renchérit les produits dérivés du pétrole utilisés dans l’ensemble de l’économie, des engrais aux plastiques. De précédents billets de blogue de la FCEI ont examiné plus en détail l’incidence des coûts liés au carburant et des coûts non liés au carburant.
Mais les coûts élevés du carburant touchent plus que les coûts des entreprises. Ils exercent aussi une pression sur les finances des ménages. À mesure que les ménages dépensent davantage pour le carburant, il leur reste moins de revenus pour d’autres biens et services, ce qui réduit les dépenses dans de nombreuses petites entreprises.
Cette situation est particulièrement préoccupante à un moment où l’insuffisance de la demande représente déjà le principal défi pour de nombreuses petites entreprises. Selon le Baromètre des affairesMD de la FCEI de juillet 2026, la demande insuffisante a dépassé les pénuries de main-d’œuvre, les limites liées à la distribution et à l’espace ainsi que les pénuries d’intrants comme principal facteur limitant les ventes et la production (figure 1).
Ces défis liés aux coûts et à la demande surviennent alors que le Canada continue de faire face à une pénurie entrepreneuriale, les sorties d’entreprises dépassant les entrées. La persistance des pressions sur les coûts et la faiblesse de la demande risquent d’affaiblir les incitatifs à lancer, faire croître et maintenir une entreprise
Figure 1 : La demande insuffisante de la demande demeure le principal facteur limitant la capacité des propriétaires d’entreprise à augmenter leurs ventes ou leur production
Sources : FCEI, sondage Les perspective de votre entreprise, juillet 2026, n = 520.
Question : Quels facteurs limitent votre capacité à augmenter vos ventes ou votre production?
Bien que de récents sondages indiquent que la hausse des prix du carburant affecte les finances des ménages, la question suivante est de savoir dans quelle mesure ces coûts supplémentaires réduisent leur pouvoir d’achat.
Pour répondre à cette question, la FCEI a estimé les coûts supplémentaires de carburant assumés par les ménages canadiens depuis que les prix ont commencé à augmenter plus tôt cette année. Selon les ventes d’essence, les données d’immatriculation des véhicules (voitures de particuliers et camions légers) et les prix moyens de détail du carburant, la hausse des prix de l’essence a ajouté de façon importante aux coûts de transport des ménages [i]. La description complète du calcul se trouve dans la section méthodologie.
Aux prix d’avant-guerre, soit environ 1,38 $ le litre, le coût mensuel du carburant était d’environ 185 $ par véhicule (figure 2). Pendant la période suivant le début du conflit, les prix de l’essence se sont établis en moyenne à environ 1,78 $, portant le coût d’achat de la même quantité de carburant à près de 238 $ par véhicule par mois.
Autrement dit, la hausse des prix du carburant a accru les dépenses mensuelles en carburant d’environ 53 $ par véhicule, soit près de 30 %. À l’échelle du Canada, cela représente environ 1,3 milliard de dollars en coûts de carburant supplémentaires chaque mois, de l’argent qui n’est plus disponible pour d’autres achats des ménages[ii]. L’incidence n’est toutefois pas ressentie de façon égale partout au pays. Comme le montre la figure 2, l’augmentation des coûts mensuels du carburant varie de 23 % à 39 % selon les provinces, ce qui signifie que certains ménages subissent des pressions budgétaires considérablement plus fortes que la moyenne nationale.
Figure 2: Le coût mensuel du carburant par véhicule a augmenté de 23 % à 39 % au Canada, accentuant les pressions sur les ménages
Sources : Calculs de la FCEI, Statistique Canada, Ventes de carburant utilisé par les véhicules automobiles routiers; Statistique Canada, Immatriculations de véhicules, selon le type de véhicule et le type de carburant; Ressources naturelles Canada, Prix de détail moyens quotidiens de l’essence ordinaire en 2026.
Les prix du carburant demeurent éléves et mettront du temps à s'ajuster
Bien que les coûts du carburant aient diminué par rapport à leur pic du printemps, ils demeurent supérieurs aux niveaux d’avant le conflit. Le prix moyen mensuel national de détail de l’essence au Canada a atteint un pic de trois ans au printemps 2026[iii], augmentant de près de 25 % par rapport aux niveaux d’avant le conflit, et les prix demeurent environ 23 % plus élevés qu’avant le conflit (figure 3).
Figure 3 : Malgré le récent recul, les prix de l’essence demeurent élevés par rapport aux niveaux d’avant la crise
Prix moyens quotidiens de détail de l’essence ordinaire, Canada
Sources : Calculs de la FCEI. Ressources naturelles Canada, Prix de détail moyens quotidiens de l’essence ordinaire en 2026.
Tant que les négociations entre les États-Unis et l’Iran se poursuivent, les marchés du carburant demeurent vulnérables à l’incertitude. Même si les pressions se sont atténuées depuis leur pic, tout soulagement à la pompe sera probablement graduel. Cela reflète une tendance plus générale observée lors de chocs pétroliers passés, où les prix ont tendance à monter comme une fusée et à redescendre comme une plume[iv]. Ainsi, même lorsque les conditions de marché s’améliorent, les ménages et les entreprises pourraient continuer à faire face à des coûts de carburant élevés pendant un certain temps.
En conclusion
Alors que les tensions géopolitiques au Moyen-Orient continuent de peser sur les marchés mondiaux de l’énergie, les PME canadiennes font face à d’importants vents contraires, la faiblesse de la demande et les coûts élevés freinant l’activité des entreprises. Les prix du carburant sont donc plus qu’un enjeu d’abordabilité; ils constituent aussi un enjeu pour les petites entreprises. Pour atténuer ces pressions, il faut des mesures de politique publique qui soutiennent le pouvoir d’achat des ménages et réduisent les pressions sur les coûts des entreprises, notamment :
Les gouvernements fédéral et provinciaux devraient réduire le taux d’imposition et augmenter le seuil de la déduction afin d’offrir un allègement.
Éliminer définitivement la « taxe sur la taxe » :
Le gouvernement fédéral devrait éliminer définitivement la pratique de la « taxe sur la taxe », qui consiste à appliquer la TPS aux taxes d’accise sur le carburant.
Offrir un allègement des taxes d’accise pendant les périodes de prix élevés :
Les gouvernements fédéral et provinciaux devraient suspendre ou réduire les taxes d’accise sur le carburant jusqu’à ce que les prix se rapprochent des niveaux d’avant la crise.
Méthodologie