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Au-delà du carburant : comment les risques liés au transport maritime mondial accentuent les pressions sur les coûts des petites entreprises

8 mai 2026

 

Résumé

  • Environ une petite entreprise sur sept (15 %) déclare des perturbations de l’approvisionnement et des hausses de prix touchant des biens autres que le carburant transitant par le détroit d’Ormuz, notamment les engrais, l’acier et d’autres intrants. 
  • Les sectuers les plus touchés sont l’agriculture (44 %) et l’industrie manufacturière (20 %). 

Nous avons récemment analysé comment la hausse des prix du carburant exerce une pression supplémentaire sur les petites entreprises canadiennes. Mais pour de nombreux propriétaires, la pression dépasse largement le simple coût à la pompe. Les perturbations du transport maritime liées au détroit dOrmuz affectent également la disponibilité et le prix des intrants non énergétiques. De fortes hausses de prix en glissement annuel sont actuellement observées sur les marchés mondiaux pour des matières premières clés et des intrants essentiels aux entreprises.

Figure 1 :  Variation des prix en glissement annuel pour certaines matières premières, début mai2026

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Source :FCEI et Trading Economics. 

Les répercussions de ces perturbations ont déjà largement touché l’économie canadienne, comme le montrent de nouveaux résultats du sondage Votre Voix de la FCEI d’avril2026, montrant qu’une petite entreprise sur sept (15%) considère désormais les perturbations non énergétiques liées au détroit dOrmuz parmi ses principaux défis.

Figure 2:   Les plus gros défis auxquels font face les entreprises actuellement 

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Source: FCEI, Sondage Votre Voix, du 9 au 27 avril 2026, n = 1 611.
Question: Quels sont les plus gros défis auxquels votre entreprise fait face actuellement? (Sélectionner toutes les réponses pertinentes) [Part des répondants (%)].

Si cette proportion peut sembler modeste à première vue, elle sous-estime toutefois l’ampleur des perturbations pour les entreprises qui dépendent d’intrants importés ou sensibles aux délais, accentuant la pression sur des marges déjà serrées dans un environnement d’exploitation incertain.

Un risque mondial du transport maritime aux répercussions locales

Le détroit d’Ormuz est l’un des corridors maritimes les plus importants au monde. L’intensification des risques géopolitiques dans la région s’est traduite par des retards d’acheminement, une hausse des coûts d’assurance et une augmentation des tarifs de fret. Pour les petites entreprises canadiennes, ces perturbations à l’échelle mondiale se manifestent localement par des prix plus élevés et une disponibilité réduite d’intrants non énergétiques essentiels, notamment les engrais, l’acier, les matériaux de construction et les composantes manufacturées.

Ces dynamiques concordent avec les résultats du Baromètre des affairesᴹᴰ d’avril de la FCEI, selon lesquels les coûts des produits intermédiaires et des matières premières sont plus élevés qu’à la normale: 40% des entreprises déclarent éprouver des difficultés, bien au‑delà de la moyenne historique de 29%.

Les perturbations de l’approvisionnement liées au détroit d’Ormuz accroissent la complexité et l’incertitude dans un environnement d’exploitation déjà difficile. Pour certaines entreprises, la hausse des coûts des intrants ou les retards se traduisent rapidement par des choix commerciaux difficiles, en particulier dans les secteurs où les délais et les matériaux sont déterminants.

Les entreprises agricoles et manufacturières ainsi que celles des Prairies sont significativement touchées

Pris isolément, le fait que 15 % des entreprises citent cet enjeu parmi leurs principaux défis peut sembler relativement limité comparativement aux prix du carburant (60 %) et aux taxes et impôts (48 %). Toutefois, cette donnée agrégée occulte l’ampleur des perturbations pour certains secteurs, certaines industries étant nettement plus vulnérables et exposées que d’autres.


Figure 3 : Part des entreprises déclarant des perturbations liées au détroit d’Ormuz, par secteur

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Source :   FCEI, Sondage Votre Voix, du 9 au 27 avril 2026, n=1611. 
Remarque :  Quels sont les plus gros défis auxquels votre entreprise fait face actuellement? (Sélectionner toutes les réponses pertinentes) [Part des répondants (%)].
Note: *Taille d'echantillon < 20.


L’agriculture est de loin le secteur le plus touché.
Plus de quatre entreprises sur dix (44 %) dans ce secteur indiquent que les perturbations de l’approvisionnement et des prix touchant les biens autres que le carburant figurent parmi leurs principaux défis. La dépendance à des intrants importés et sensibles aux prix, comme les engrais, rend les exploitations agricoles particulièrement vulnérables aux perturbations du transport maritime, surtout pendant des périodes critiques telles que la saison des semis.

« En tant qu’agriculteur, la hausse marquée des prix du diesel et des engrais — combinée à la stagnation des prix des produits agricoles — est très préoccupante. »

– Propriétaire d’entreprise en Ontario

Les entreprises manufacturières sont également plus touchées que la moyenne (20 %), ce qui reflète leur forte dépendance aux matières premières importées, aux composantes et aux biens intermédiaires. La hausse des coûts des intrants et l’incertitude entourant les délais de livraison compliquent la planification de la production, accentuant les pressions dans un contexte de demande déjà inégal.

Pour les exploitations agricoles et les entreprises manufacturières, les retards ou les hausses soudaines des prix des intrants essentiels peuvent avoir des effets disproportionnés tant sur les coûts de production que sur la disponibilité des produits. Lorsque les approvisionnements sont retardés ou que les coûts augmentent, ces pressions sont souvent difficiles à absorber ou à répercuter, ce qui signifie que l’impact peut être considérable, même si l’exposition concerne un nombre plus restreint d’entreprises.

Géographiquement, les entreprises des Prairies sont plus touchées que la moyenne (18% à 22%), reflètant limportance de secteurs exposés aux matières premières, comme lagriculture, dans l’économie de cette région du pays.

 Figure 4 : Part des entreprises déclarant des perturbations liées au détroit d’Ormuz, par secteur 

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Source: FCEI, Sondage Votre Voix, du 9 au 27 avril 2026, n=1611.
Question: Quels sont les plus gros défis auxquels votre entreprise fait face actuellement? (Sélectionner toutes les réponses pertinentes)

Perturbations liées aux carburants et aux intrants non-énergétiques: un effet cumulatif

L’impact des perturbations causées par le détroit d’Ormuz s’additionne également pour les entreprises qui en sont directement touchées.  Les entreprises affectées par des perturbations liées aux intrants non-énergétiques sont beaucoup plus susceptibles d’être aussi touchées par la hausse des coûts du carburant (86%) que celles qui ne subissent pas de perturbations hors carburants (53% touchées par les coûts du carburant).

Conclusion

Bien que les prix du carburant retiennent le plus l’attention, les perturbations du transport maritime mondial contribuent discrètement à accroître les pressions sur les coûts des petites entreprises. À un moment où celles‑ci sont déjà fortement sollicitées, la réduction des charges domestiques — comme la fiscalité et la lourdeur réglementaire — peut les aider à mieux absorber les chocs externes.

 

Marvin Cruz
Marvin Cruz
Directeur principal de la recherche
Simon Gaudreault
Simon Gaudreault
Économiste en chef et vice-président, recherche
Comment citer ce billet de blogue

Marvin Cruz et Simon Gaudreault, « Au-delà du carburant : comment les risques liés au transport maritime mondial accentuent les pressions sur les coûts des petites entreprises », FCEI, Blogue Perspective PME, 8 mai 2026, https://www.cfib-fcei.ca/fr/rapports-de-recherche/au-dela-du-carburant.

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