Pour stimuler la relève entrepreneuriale, il faut répondre aux enjeux actuels des dirigeants de PME

Lettre ouverte publiée dans Les Affaires, le 2 mai 2024.

Du 28 avril au 4 mai a lieu la semaine du repreneuriat, l’occasion de rappeler l’importance de cet enjeu qui s’en vient, d’inviter les entrepreneurs à se préparer pour une transition réussie et d’interpeller les gouvernements à mettre la table pour créer un environnement d’affaires propice à la relève. 


Récemment, les projecteurs étaient braqués sur la pénurie de main-d’œuvre. Cependant, la démographie étant la même pour les employés que pour les dirigeants, nous vivrons bientôt une pénurie d’entrepreneurs. En effet, la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) le confirmait en 2022 : les trois-quarts des propriétaires de PME au Canada prévoient quitter leur entreprise d’ici les dix prochaines années, ce qui représente des actifs commerciaux de 2 T$ qui changeront de main.  C’est un enjeu de taille!
Comment aider à stimuler la relève? Pour bien répondre à cette question, allons dans la tête des dirigeants de PME québécoises pour savoir pourquoi ils se sont lancés en affaire. 


La première raison est le souhait de devenir son propre patron et de prendre ses propres décisions (72 %). Vient ensuite la volonté de bâtir une entreprise qui rend fier et qu’il sera possible de léguer (52 %). Citons également la volonté de se mettre au défi et de grandir (47 %) et pour poursuivre une passion ou un intérêt (43 %). On est loin ici du désir de devenir le prochain Elon Musk comme d’aucuns peuvent le penser.  


Qu’en est-il des barrières qui freinent le chemin de la création et de la gestion de l’entreprise?  Gérer plusieurs rôles au sein de l'entreprise (64 %), accéder au financement pour mon entreprise (55 %), concilier travail et vie personnelle (49 %) et trouver et retenir les employés (48 %). 
Malheureusement, les données économiques de la FCEI révèlent que les temps sont durs pour les PME et que les obstacles mentionnés précédemment sont toujours bien hauts et difficiles à surmonter.  Il y a du sable dans l’engrenage pour de nombreux dirigeants de PME et de futurs entrepreneurs.


Que fait-on avec cet état des lieux? Que peuvent faire ces entrepreneurs qui se retrouvent à la croisée des chemins? Que peut faire le gouvernement face à cette pénurie d’entrepreneurs qui se profile? 


La FCEI est en action pour faire valoir la voix des dirigeants des PME afin de créer un environnement d’affaires plus propice à la croissance et invitant à la relève. Nous accompagnons les entrepreneurs sur plusieurs fronts, notamment avec nos Ressources aux entreprises. Il faut également souligner le rôle crucial du Centre de transfert d'entreprise du Québec (CETEQ) qui accompagne des milliers d’entreprises. 
La FCEI avait accueilli favorablement le dépôt du Plan québécois en entrepreneuriat 2022-2025, notamment les mesures d’accompagnement et de soutien. Pour le prochain plan qui arrive à grands pas, visons encore plus haut. C’est l’opinion de la majorité des PME  qui affirment à l’unisson (91 %) que le gouvernement devrait soutenir davantage les entrepreneurs dans leur planification de la relève. Ils sont d’ailleurs la moitié à croire que l’entrepreneuriat n’est pas un choix de carrière valorisé au Québec. 


Pour mettre en place des mesures favorables à l’entrepreneuriat, le gouvernement du Québec doit cesser de mettre des bâtons dans les roues des PME. Les taxes sur la masse salariale sont 30 % supérieures à la moyenne canadienne. Nous sommes la seule province qui impose ses plus petites entreprises des services et de la construction comme des multinationales… À cela, s’additionnent de nombreuses formalités administratives et réglementaires qui s’empilent, toutes plus urgentes pour les ministères qui les pilotent. 


Enfin, on peut certainement encourager l’entrepreneuriat dès le jeune âge et tout au long du parcours scolaire. C’est ce que recommandent 92 % des chefs de PME qui aimeraient que l'entrepreneuriat fasse partie des programmes d'études du système scolaire afin de familiariser les jeunes avec ce cheminement de carrière.  Apprendre à entreprendre, que ce soit pour son compte, pour une cause. Toute la société est gagnante en formant des personnes plus engagées.


Espérons que cette première semaine du repreneuriat du Québec sera le départ pour en faire plus pour nos PME afin de paver la voie pour demain.  

François Vincent, vice-président pour le Québec à la FCEI.