L'intelligence artificielle (IA) transforme le fonctionnement des entreprises, ce qui soulève des questions sur leur investissement dans la main-d'oeuvre lorsu'elles adoptent ces technologies. Ce blogue montre que les entreprises canadiennes qui investissent dans l'IA sont plus susceptibles d'investir dans la formation de leurs employés, indiquant une corrélation entre l'adoption de l'IA et un investissement continu dans le perfectionnement des compétences.
Résumé
- L’adoption de l’IA est en hausse : près de 45 % des entreprises canadiennes utilisent l’IA générative dans le cadre de leurs activités, une proportion qui augmente avec la taille de l’entreprise.
- L’IA crée de nouveaux besoins en développement des compétences : l’investissement en IA augmente de 5,4 points de pourcentage la probabilité qu’une entreprise investisse dans la formation de ses employés.
- Le personnel demeure au cœur des priorités : près de 8 entreprises sur 10 comptent maintenir ou augmenter leurs dépenses en formation en 2026.
L’IA1 transforme rapidement le fonctionnement des entreprises, des chaînes de production aux décisions quotidiennes. L’IA générative, par exemple, peut considérablement améliorer la productivité : les PME qui l’utilisent gagnent plus de 2 fois le temps qu’elles y consacrent chaque jour, soit en moyenne 2,05 heures gagnées pour 0,97 heure investie2.
Le débat sur l’impact de l’IA sur les emplois s’intensifie. Certains disent que l’IA remplacera les travailleurs, alors que d’autres soutiennent qu’elle est plus susceptible de compléter le travail humain en favorisant la création de nouveaux emplois, en améliorant la productivité et en stimulant l’investissement dans le personnel par le recyclage professionnel et le perfectionnement des compétences.
Les manchettes annonçant des suppressions d’emplois dans de grandes entreprises, comme Amazon3 et Dow4, n’ont fait qu’intensifier le débat sur l’impact de l’IA : remplace-t-elle les travailleurs ou renforce-t-elle plutôt la valeur de l’expertise humaine? À ce jour, toutefois, les données indiquent une perturbation limitée de l’emploi à court terme, plutôt qu’une contraction généralisée de la main-d’œuvre. De récentes données de Statistique Canada (août 2025) révèlent que la plupart des entreprises s’attendent à peu de changements dans les niveaux d’emploi au cours des 12 prochains mois : près de 70 % ne prévoient aucun changement découlant de l’IA, alors que la proportion d’entreprises s’attendant à une diminution de l’emploi (12 %) dépasse légèrement celle des entreprises s’attendant à une hausse de l’emploi (7 %) à l’échelle nationale. 5Cela indique un ajustement sélectif ou graduel des effectifs, plutôt qu’une suppression d’emplois généralisée.
Dans ce contexte, nous examinons l’autre volet du débat, à savoir si l’adoption de l’IA par les entreprises canadiennes est liée à une hausse de l’investissement dans la formation des employés. Plus précisément, nous analysons l’approche des entreprises canadiennes en matière de formation du personnel à l’ère de l’IA, en comparant celles qui investissent dans l’IA à celles qui ne le font pas. Notre analyse s’appuie sur les résultats du Sondage sur l’adoption des technologies numériques et de l’IA (T2 2025) et du sondage Votre Voix de février 2026.
L'utilisation de l'IA et l'investissement dans l'IA augmentent à mesure que la taille de l'entreprise croît.
L’adoption de l’IA se généralise progressivement au sein des entreprises canadiennes, bien que son utilisation varie fortement selon la taille de l’entreprise. À l’échelle nationale, 45 % des propriétaires de PME affirment utiliser l’IA générative pour effectuer des tâches. Cette proportion augmente avec la taille de l’entreprise, passant de 39 % chez les PME comptant moins de 5 employés à 60 % et plus parmi celles comptant de 20 à 49 employés (figure 1). Cette tendance à la hausse se maintient également chez les entreprises de plus grande taille.
On observe une dynamique similaire en ce qui concerne l’investissement dans l’IA6. Alors que 47 % des entreprises disent investir dans l’IA, cette proportion baisse à 42 % chez les petites entreprises, mais atteint 62 % parmi celles comptant 20 à 49 employés. Là encore, la tendance à la hausse se maintient chez les entreprises de plus grande taille.
Figure 1 : L’utilisation de l’IA et l’investissement dans l’IA augmentent avec la taille de l’entreprise.
Question : En moyenne, à quelle fréquence utilisez-vous l’IA générative pour réaliser des tâches dans votre PME? (Sélectionner une seule réponse). Englobe toutes les entreprises utilisant l’IA générative au moins une fois par année; la réponse « Je ne sais pas/pas sûr » a été exclue.
Source : FCEI, Sondage sur l’adoption des technologies numériques et de l’IA, du 24 avril au 6 juin 2025, n = 1 683.
FCEI, sondage Votre Voix, du 5 au 25 février 2026, n = 1 379.
Remarque : * Petit échantillon (moins de 40 réponses).
Ces tendances combinées indiquent que l’utilisation de l’IA et les investissements dans l’IA vont de pair. Habituellement, les entreprises qui adoptent l’IA y consacrent aussi des ressources, ce qui montre que l’adoption s’inscrit généralement dans une stratégie d’investissement réfléchie plutôt que dans un choix ponctuel ou opportuniste. Toutefois, chez les plus grandes entreprises, l’utilisation de l’IA dépasse largement les investissements, ce qui indique qu’elles misent davantage sur les outils existants ou sur des services par abonnement que sur de nouvelles dépenses en capital.
Outre la taille de l’entreprise, les modèles d’adoption varient également de manière significative selon le secteur. Les secteurs des services professionnels, de l’information et des finances sont en tête pour l’utilisation de l’IA et les investissements dans l’IA, tandis que les secteurs manufacturiers et axés sur la clientèle tendent à accuser un retard. Dans quelques secteurs, comme les services sociaux et la gestion/l’administration d’entreprises, l’utilisation de l’IA dépasse les investissements, indiquant des stratégies d’adoption à faible coût. À l’inverse, le secteur de l’hébergement et la restauration se démarque par des investissements supérieurs à l’utilisation, ce qui laisse supposer une phase de déploiement anticipé plutôt qu’un déploiement complet.
L'investissement dans le personnel demeure une priorité pour les entreprises en 2026.
Comme nous l’avons vu précédemment, l’adoption de l’IA et l’investissement dans l’IA progressent de concert, à mesure que les entreprises canadiennes grandissent. La figure 2 illustre la façon dont ces intentions se reflètent dans les budgets de 2026. Les données révèlent une dynamique à deux volets.
D’abord, la formation des employés s’impose comme le poste budgétaire le plus résilient, alors que 78 % des entreprises prévoient de maintenir ou d’augmenter leurs dépenses de formation en 2026.
Ensuite, les dépenses en technologie sont plus segmentées. Par exemple, 61 % des propriétaires de PME comptent maintenir ou augmenter leurs dépenses consacrées à l’automatisation des tâches/processus, alors que 37 % n’ont aucun plan prévu à cet égard. De même, 61 % des propriétaires de PME comptent maintenir ou augmenter leurs dépenses consacrées aux technologies n’utilisant pas l’IA, alors que 32 % n’ont pas de plan à ce chapitre.
Figure 2: La formation domine les plans d'investissement pour 2026, alors que ceux dans l'IA demeurent mitigés.

Question : Comparativement à 2025, prévoyez-vous d’augmenter ou de réduire ce qui suit au sein de votre entreprise en 2026? (Sélectionner une réponse par ligne). La réponse « Je ne sais pas/pas sûr » a été exclue.
Source : FCEI, sondage Votre Voix, février 2026, n = 1 379.
Remarque : La somme des pourcentages peut ne pas correspondre à 100, car les chiffres ont été arrondis.
L’intelligence artificielle est la catégorie la plus polarisée : elle compte à la fois la plus forte proportion de PME prévoyant d’augmenter leurs investissements (27 %), mais la majorité (52 %) n’a aucun plan prévu et seulement 19 % comptent maintenir leurs dépenses. Autrement dit, de nombreuses entreprises n’utilisent pas encore l’IA, mais parmi celles qui comptent l’adopter, la tendance est davantage à l’élargissement de son utilisation qu’à sa réduction. Pris ensemble, ces éléments montrent que les propriétaires d’entreprise continuent de prioriser l’investissement dans leur personnel tout en adoptant une approche plus sélective à l’égard des technologies. L’IA est ainsi appelée à se développer au sein d’un groupe plus restreint, mais déterminant, d’entreprises. Toutefois, cette analyse ne permet pas de déterminer si les entreprises qui prévoient d’investir dans l’IA adoptent une approche différente de celles qui ne le font pas en ce qui concerne l’investissement dans la formation de leurs employés.
Les entreprises investissant dans l'IA ont-elles une approche différente en matière de formation?
Ces tendances décrivent les priorités globales d’investissement, mais elles ne nous indiquent pas si les entreprises qui adoptent l’IA abordent différemment la formation de la main-d’œuvre.
Pour évaluer cette question, nous allons au-delà des tendances globales et comparons les entreprises qui investissent dans l’IA à celles qui ne le font pas, en examinant leur probabilité d’investir dans la formation des employé7. L’analyse prend en compte les différences fondamentales entre les entreprises, comme leur taille, secteur d’activité et emplacement, afin de refléter plus que le simple fait qu’une entreprise soit plus grande ou plus établie qu’une autre.
La figure 3 montre que l’investissement en IA augmente de 5,4 points de pourcentage la probabilité qu’une entreprise investisse dans la formation de ses employés comparativement à celles qui ne le font pas. Même si les résultats ne précisent pas les types de formation, ils montrent que les entreprises qui adoptent l’IA ont tendance à miser sur le développement des compétences de leur personnel pour appuyer l’intégration de ces technologies8.
Figure 3 : Les entreprises canadiennes qui investissent dans l'IA sont 5,4 points de pourcentage plus susceptibles d'investir dans la formation des employés.
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Source : Calculs des auteurs basés sur les données de la FCEI, sondage Votre Voix, février 2026, n = 1 379.
Remarque : La figure présente les probabilités prédites ajustées issues d’une régression probit binaire portant sur l’investissement des entreprises dans la formation des employés en fonction de leur investissement dans l’IA. Le modèle comprend des variables pour tenir compte de la taille de l’entreprise, des investissements en automatisation, des investissements dans des technologies sans IA et des années d’activité, ainsi que des effets fixes de la province et du secteur. Les valeurs prédites sont obtenues par standardisation marginale, en comparant chaque entreprise dans deux scénarios, soit IA = 0 et IA = 1, tout en maintenant constantes toutes les autres caractéristiques. Les intervalles de confiance correspondent à des erreurs types robustes par grappes à 90 %, calculées au niveau de la province. Les estimations sont fondées sur les données d’un sondage transversal mené auprès de 1 186 propriétaires d’entreprises canadiennes indépendantes membres de la FCEI.
Conclusion
Cette analyse s’inscrit au cœur du débat portant sur le lien entre l’adoption de l’IA et l’augmentation de l’investissement dans la main-d’œuvre. Nos résultats révèlent que les entreprises qui adoptent l’IA sont plus susceptibles d’investir dans la formation de leurs employés, ce qui pourrait indiquer une relation de complémentarité entre l’adoption de la technologie et le perfectionnement de la main-d’œuvre. Beaucoup d’entreprises semblent renforcer les compétences en milieu de travail lorsqu’elles intègrent de nouveaux outils, se préparent à croître ou développent des capacités humaines complémentaires.
Dans l’ensemble, l’effet actuel de l’IA sur l’investissement dans la main-d’œuvre est positif, mais il pourrait évoluer à mesure que les technologies arrivent à maturité et deviennent plus intégrées aux activités quotidiennes. Pour l’instant, les investissements dans l’IA et le perfectionnement de la main-d’œuvre évoluent ensemble.
Pour aider les PME à continuer d’investir en toute confiance, les gouvernements peuvent prendre les mesures suivantes :
- Alléger les pressions financières pour encourager le réinvestissement : réduire les taxes et impôts, les frais, et les coûts de conformité pour permettre aux entreprises de moderniser leurs systèmes et d’investir dans l’amélioration de la productivité.
- Favoriser le développement des compétences pour renforcer les capacités : offrir aux PME des outils accessibles afin de les aider à comprendre comment l’IA et les autres technologies numériques peuvent appuyer leurs objectifs opérationnels, notamment grâce à des ressources simplifiées, des témoignages de réussite et des exemples propres à leur secteur
- Simplifier la réglementation pour faciliter la modernisation :
réduire la paperasserie et le fardeau administratif afin de permettre aux entreprises de mettre à niveau leurs systèmes et d’investir avec plus de confiance.
Notes de fin
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L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) définit l’IA comme « un système automatisé qui, pour des objectifs explicites ou implicites, déduit, à partir d’entrées reçues, comment générer des résultats en sortie tels que des prévisions, des contenus, des recommandations ou des décisions qui peuvent influer sur des environnements physiques ou virtuels », OCDE (2024), What is AI? Can you make a clear distinction between AI and non-AI systems?, OECD.AI (en anglais seulement).
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ALEGBEH, Alchad et Marvin Cruz, Transformation numérique – Comment les PME canadiennes exploitent l’IA et les technologies pour stimuler leur croissance et leur productivité, Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), septembre 2025.
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https://www.cbsnews.com/news/amazon-layoffs-14000-job-cuts-ai/ (en anglais seulement)
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https://hrnewscanada.com/dow-to-eliminate-4500-roles-in-2-billion-transformation-program-as-it-leverages-ai/ (en anglais seulement)
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Statistique Canada, Tableau 33-10-1047-01, Prévisions de l’entreprise ou de l’organisme concernant l’incidence de l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) sur l’emploi total, troisième trimestre de 2025.
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À l’aide d’un modèle probit binaire reliant l’investissement dans la formation à l’investissement dans l’IA, et en tenant compte de la taille et de l’âge de l’entreprise, des dépenses en automatisation ainsi que des effets fixes de la province et du secteur, nous isolons la relation indépendante entre l’adoption de l’IA et l’investissement dans la main-d’œuvre.
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À l’aide d’un modèle probit binaire reliant l’investissement dans la formation à l’investissement dans l’IA, et en tenant compte de la taille et de l’âge de l’entreprise, des dépenses en automatisation ainsi que des effets fixes de la province et du secteur, nous isolons la relation indépendante entre l’adoption de l’IA et l’investissement dans la main-d’œuvre.
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Plusieurs limites doivent être prises en compte. L’analyse repose sur des données transversales et ne permet pas d’établir des liens de causalité ni d’évaluer les effets à long terme. Les résultats portent uniquement sur l’investissement en formation, et non sur les changements d’emplois ou de main-d’œuvre. Enfin, ils reflètent un stade précoce de l’adoption de l’IA, susceptible d’évoluer avec sa généralisation.
Marvin Cruz et Alchad Alegbeh, « Investir dans l’adoption de l’IA et la formation de la main-d’œuvre au Canada : moteur ou frein? », FCEI, Blogue Perspective PME, 2 avril 2026, https://www.cfib-fcei.ca/fr/rapports-de-recherche/adoption-ia.
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