Deux milliards pour une politique qui menace nos emplois

Lettre ouverte publiée dans La Presse le 5 juin 2026.
 
À l’heure où le gouvernement annonce des mesures pour réduire le coût de la vie des Québécois, il s’apprête pourtant à imposer une réglementation sur le gaz naturel qui frappera de plein fouet le portefeuille de tous les Québécois. En s’obstinant dans sa stratégie concernant le gaz de source renouvelable (GSR), Québec s’apprête à maintenir une politique déconnectée de la réalité, qui va créer un imposant mur tarifaire.
 
Dès octobre 2026, la facture liée au GSR va atteindre près de 230 millions de dollars. Cette somme sera refilée à l’ensemble des consommateurs à travers les tarifs de gaz naturel. 
 
Ce coût crée un véritable mur tarifaire pour les ménages, les PME, les commerces, les écoles, les hôpitaux et les industries. Pour plusieurs entreprises manufacturières, il ne s’agira pas d’un simple ajustement budgétaire, mais d’un choc financier pouvant entraîner des décisions lourdes de conséquences, allant jusqu’à la réduction de production ou la fermeture de sites.et à la destruction d’emploi. 
 
Le gouvernement présente le projet de règlement comme un assouplissement en reportant certaines échéances à 2032. Mais ce report ne règle rien. Il ne corrige ni le coût du régime, ni la socialisation de la facture, ni l’absence d’un marché capable d’absorber ces volumes. Surtout, il maintient une logique qui cherche d’abord à injecter des volumes de GSR dans le réseau, plutôt qu’à obtenir les réductions d’émissions les plus efficaces au meilleur coût. Il repousse le problème sans le résoudre.
Les conséquences financières sont considérables et doivent être connues du public. À ce rythme, la facture globale pourrait approcher deux milliards de dollars. 
 
Pour l’industrie seulement, le fardeau pourrait dépasser 1,4 milliard de dollars. Les grands utilisateurs industriels, responsables de 65 % de la consommation de gaz distribué, supporteront une part majeure de cette facture. Leurs coûts énergétiques pourraient grimper de 25 % à 30 % d’ici 2030, au moment même où les tarifs douaniers américains frappent déjà plusieurs exportations canadiennes et un climat d’affaires largement dégradé.
 
L’enjeu dépasse le seul secteur industriel. Une hausse des tarifs d’énergie finit toujours par se répercuter dans l’économie réelle. Elle fragilise les PME, augmente les coûts des commerces, alourdit les charges des institutions et ajoute une pression sur l’abordabilité pour les ménages. Dans un contexte où l’inflation demeure élevée, le gouvernement ne peut pas ajouter une facture réglementaire de cette ampleur sans mesurer ses conséquences.
 
À cela s’ajoute une incohérence majeure, une part importante du GSR provient de l’extérieur du Québec, notamment du marché américain. Ce n’est pas l’unique enjeu, mais cela illustre l’absurdité de la situation. On impose une facture lourde aux payeurs de tarifs d’ici, sans garantir que les retombées économiques resteront ici.
 
En régions, l’enjeu est encore plus criant., Les industries demeurent au cœur de l’économie locale. Elles soutiennent des emplois de qualité, des fournisseurs, des sous-traitants, des municipalités et des familles entières. Lorsqu’une installation industrielle ralentit, reporte un investissement ou réduit sa production, les conséquences dépassent largement les murs de l’usine. Ce sont des travailleurs, des PME locales, des revenus municipaux et des communautés entières qui sont touchés. Fragiliser le tissu industriel c’est fragiliser directement les régions qui vivent de sa présence.
 
Le paradoxe apparaît très clair. En affaiblissant la compétitivité de son industrie et de son économie le Québec risque de perdre à la fois sur le plan économique et climatique. Les biens que nous produisons ici continueront d’être consommés. S’ils ne sont plus produits au Québec, ils le seront ailleurs, parfois dans des juridictions plus carbonées. Ceci ne résultera pas en une réduction réelle des émissions mais bien en un déplacement du problème.
 
Le gouvernement doit retirer le projet de règlement modificateur et abroger l’obligation actuelle. Il faut ouvrir une vraie discussion sur l’avenir du GSR avec ceux qui paient les tarifs, créent des emplois, défendent les consommateurs et devront réussir la transition.
 
Le GSR peut faire partie de la solution. Mais il ne doit pas devenir une taxe déguisée ni un accélérateur de désindustrialisation. Décarboner ne doit pas signifier appauvrir les ménages, fragiliser les entreprises et produire ailleurs au détriment de nos régions
 
Nazim Sebaa 
Président 
Association des consommateurs industriels de gaz 
 
Carol Montreuil 
Vice-Président Association canadienne des carburants
 
Jocelyn Allard
Président
Association québécoise des consommateurs industriels d’électricité
 
François Vincent 
Vice-président, Québec
Fédération canadienne de l’entreprise indépendante 
 
Michel Vincent 
Président 
Conseil de l’industrie forestière du Québec