Le Prix Poids lourd de la paperasserie de la FCEI (c’est-à-dire, le prix que personne ne veut gagner) souligne certains des pires exemples de règlements absurdes, qui créent de la confusion et de la frustration pour la population et les propriétaires de PME du pays. Cette année, le prix est remis à l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) pour son portail de Gestion des cotisations et des recettes (GCRA), un nouveau système d’importation qui cause des maux de tête aux PME. Nous avons également remis des distinctions « Mention honorable » à deux politiques nuisibles.

Prix Poids-lourd
LE PIRE DES PIRES

Portail de Gestion des cotisations et des recettes de l’ASFC : étouffer le commerce plutôt que de le simplifier 

Lauréat : Agence des services frontaliers du Canada

Le portail de Gestion des cotisations et des recettes (GCRA) de l’ASFC était censé simplifier le paiement des droits et des taxes pour les entreprises. Au lieu de cela, depuis son lancement en octobre 2024, il est source de frustration et de confusion pour de nombreuses PME. À l’heure où les tensions commerciales avec les États-Unis s’accentuent, la dernière chose dont ont besoin les petits importateurs, c’est plus de paperasserie. C’est pourtant ce qu’a apporté la GCRA avec son portail compliqué qui leur fait perdre du temps, perturbe les opérations quotidiennes et ajoute des coûts.

Plus d’un an après le lancement de la GCRA, de nombreuses PME ont encore du mal à s’inscrire. Le processus est exigeant et demande beaucoup de temps, notamment pour retrouver les numéros de suivi relatifs à l’importation et fournir des renseignements détaillés sur les marchandises expédiées. Et ce n’est pas tout. Depuis mai 2025, le Programme de mainlevée avant paiement (MAP), qui avait été conçu avec les grandes entreprises en tête, est devenu obligatoire pour toutes celles qui souhaitent obtenir la mainlevée de leurs marchandises à la frontière. Pour citer une entreprise albertaine du secteur de transport :

« Nous sommes un petit importateur de pièces pour VTT, motoneiges, motocyclettes et bateaux. Nos commandes tournent généralement autour de 1 000 $ par mois, mais une fois par année, nous en avons une d’environ 55 000 $, ce qui nous oblige à mettre de côté 12 000 $ annuellement pour un dépôt en espèces ou un cautionnement. Ça n’a pas de sens. »

Selon les données de la FCEI, seulement 37 % des PME étaient inscrites au Programme de MAP en avril 2025. L’obligation de fournir une caution ou un dépôt en espèces est quasi impossible à respecter pour les entreprises ayant peu de liquidités, et vient alourdir leurs coûts et compliquer leurs affaires. Pour certaines, la seule option qui reste est de se rendre physiquement à la frontière pour faire dédouaner leurs marchandises, une solution impossible pour des entrepreneurs déjà bien occupés à garder leur entreprise à flot.

Comme si ce n’était pas assez, il y a des pannes de système, des problèmes techniques récurrents et des erreurs de facturation fréquentes, combinés à des cycles de facturation courts qui pèsent sur les liquidités. Enfin, les retards dans le soutien ne font qu’empirer la situation, laissant les entreprises seules face à ces difficultés.

Le processus de transition a largement contribué à ce chaos. La GCRA a été déployée sans que les entreprises aient le temps de s’y adapter, juste au moment où les droits de douane des É.-U. étaient imposés, ce qui a compliqué davantage le processus. À l’inverse, le système Mon dossier d’entreprise de l’Agence du revenu du Canada n’a pas été rendu obligatoire avant plusieurs années, ce qui a permis à l’Agence d’améliorer le système, de former les utilisateurs et de résoudre les problèmes opérationnels. L’ASFC aurait dû adopter ce genre d’approche progressive, surtout compte tenu de la portée, du moment de l’introduction et du caractère sensible de la GCRA.

La solution : L’ASFC devrait simplifier l’intégration, exempter les PME des exigences de garantie financière du Programme de MAP et corriger les problèmes techniques. De plus, elle devrait supprimer les pénalités liées à la GCRA et privilégier la formation et la réactivité pendant les premières années du système pour permettre aux entreprises de s’adapter sans subir de stress inutile.   

 

LE PIRE DES PIRES

Paperasserie : retour en arrière pour les PME du Manitoba

Lauréat : Gouvernement du Manitoba

Le projet de loi 16  enrage les PME de la province. Il vient abroger la Loi sur la responsabilisation en matière de réglementation et carrément supprimer le cadre de responsabilisation en matière de réglementation si durement obtenu en éliminant deux mécanismes clés d’allégement réglementaire : le décompte des exigences réglementaires et la règle capitale du « un pour un ».

Ces six dernières années, le gouvernement du Manitoba a fait beaucoup de progrès pour répertorier ses exigences réglementaires, un travail colossal exécuté par la fonction publique. Le gouvernement a établi une référence pour faire le suivi du nombre d’exigences, avoir un portrait clair du fardeau réglementaire pour l’ensemble des ministères, favoriser la transparence et susciter la confiance des Manitobains. Le projet de loi 16 ignore la responsabilisation en matière de réglementation en éliminant l’obligation de décompte des nouveaux règlements. Le maintien du décompte n’aurait pas exigé beaucoup d’efforts puisque ce cadre a été établi en 2017 et que les ministères effectuaient déjà leurs propres décomptes.

La règle du « un pour un » au Manitoba assurait le retrait d’un règlement dépassé ou inutile dès qu’un nouveau règlement était adopté. Sans cette mesure, les règlements s’accumulent et la paperasserie s’alourdit inutilement. Un sondage mené par la FCEI auprès des propriétaires d’entreprise du Manitoba révèle qu’une écrasante majorité d’entre eux s’opposent au projet de loi 16 :

  • 96 % des propriétaires de PME estiment que la responsabilisation en matière de réglementation est capitale pour un gouvernement ouvert et transparent;
  • 93 % estiment que la réduction de la paperasserie devrait être une priorité du gouvernement provincial.

L’élimination de ces mesures de responsabilisation menace d’alourdir le fardeau réglementaire des PME manitobaines, ce qui constitue une préoccupation importante pour de nombreux entrepreneurs.

La solution : Le gouvernement manitobain devrait réinstaurer la règle du « un pour un » et maintenir le décompte des exigences réglementaires. Ainsi, il protégerait les PME contre la prolifération réglementaire et respecterait son engagement à réduire la paperasserie.

Les autres « lauréats » :

Les autres « lauréats » :


Le pouvoir du Poids lourd de la paperasserie

Lorsqu’on se serre les coudes contre des règles et des règlements qui ne tiennent pas debout, nous pouvons faire changer les choses. La preuve? En 2019, un de nos prix Poids lourd de la paperasserie a permis à un propriétaire d’entreprise du Québec de sortir de son cauchemar bureaucratique. 


Anciens «gagnants» du prix Poids lourd de la paperasserie

En 2025, nous avons décerné le Prix Poids lourd de la paperasserie au Gouvernement du Manitoba pour son projet de loi 16, qui supprime le cadre de responsabilisation en matière de réglementation si durement obtenu en éliminant deux mécanismes d’allégement clés : le décompte des exigences réglementaires et la règle du « un pour un ». Les autres lauréats comprennent le Gouvernement fédéral pour son congé de TPS/TVH qui a causé un chaos administratif pour les PME, et la Municipalité des Cèdres, au Québec, pour son règlement qui oblige les enfants à soumettre chaque année un formulaire avec les signatures de leurs voisins pour pouvoir jouer dans les rues de leur quartier.

À propos de la Semaine de sensibilisation à la paperasserie Chaque année, en janvier, notre lutte contre la paperasserie atteint son apogée en se déployant sur tous les fronts! C’est l’occasion de s’attaquer à l’une de vos grandes priorités : les règlements abusifs et la montagne de paperasse qu’ils créent. Durant cinq jours, un thème différent est abordé pour démontrer aux élus et aux fonctionnaires que leur paperasse inutile, c’est lourd et ça nuit grandement à votre productivité et votre succès.