La SAQ joue sur le terrain des détaillants tout en contrôlant les règles du jeu, dénonce la FCEI
Montréal, le 12 juillet 2026 — La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) s’inquiète des stratégies de la Société des alcools du Québec (SAQ) qui nuisent aux détaillants indépendants et à l’économie. Elle remarque une volonté du monopole d’État d’élargir son réseau de points de vente avec les Zones SAQ, de prendre des parts de marché dans le secteur des boissons sans alcool et de se dédouaner de l’élargissement de la consigne, qui inclura les bouteilles de vin dès 2027. Elle a transmis une lettre au ministre des Finances, Eric Girard, afin de lui faire part de ses vives préoccupations.
« Le gouvernement a donné du lest récemment concernant la vente des produits alcoolisés prêts à boire chez les détaillants, ce qui est la voie à suivre. Toutefois, la SAQ joue maintenant sur le terrain des détaillants indépendants tout en contrôlant les règles du jeu. Elle bénéficie déjà d'un monopole sur une grande partie du marché et cherche maintenant à gagner des parts dans de nouveaux secteurs. À un moment donné, il faut signaler le carton rouge », commente François Vincent, vice-président pour le Québec à la FCEI.
La FCEI s’inquiète de la multiplication des Zones SAQ. Ces espaces, situés dans des commerces d’alimentation comme les épiceries ou les dépanneurs, permettent la vente d’une sélection de produits approuvés par la SAQ, soit des produits que les commerces indépendants ne peuvent pas vendre. Ce faisant, le monopole d'État choisit quels commerces pourront vendre certains produits exclusifs et lesquels en seront privés. La FCEI note aussi que plusieurs grandes entreprises pourront bénéficier de ces points de vente sélectionnés par le monopole d’État. Bien que certains détaillants indépendants puissent obtenir une Zone SAQ, cette approche crée néanmoins une distorsion concurrentielle en accordant à certains commerces l'accès à des produits interdits à leurs concurrents.
« La solution n'est pas de rajouter des tentacules à la société d'État. Elle passe par une ouverture du marché et une concurrence plus équitable. En effet, selon un sondage de la FCEI, 72 % des propriétaires de PME croient que les détaillants privés devraient pouvoir vendre les mêmes produits alcoolisés que la SAQ. La présente stratégie commerciale de la SAQ renforce encore davantage sa position dominante sur le marché et favorise certains commerces de détail par rapport à d’autres », ajoute monsieur Vincent.
L’orientation de la SAQ vers les boissons sans alcool soulève également plusieurs questions. Selon la FCEI, le mandat de la société d’État est de commercialiser des boissons alcooliques, pas de partir à la conquête de nouveaux marchés déjà occupés par les PME.
La FCEI rappelle que les PME du commerce de détail ont connu une année très difficile en 2025 et en 2026. En effet, les données annualisées du Baromètre les Affaires montrent qu’en 2025, la demande insuffisante a freiné la croissance des ventes de 55 % des PME du commerce de détail. La situation n’a pas changé cette année, comme le démontre le baromètre de juin, où 59 % des PME canadiennes du commerce de détail mentionnent être freinées par la baisse de la demande. Ajoutons que ces entreprises subissent également une forte pression en raison de l’augmentation importante de leurs coûts d’exploitation.
Dans plusieurs municipalités du Québec, les commerces de proximité constituent des employeurs essentiels et des moteurs économiques locaux. Toute politique qui favorise davantage le monopole d'État au détriment de ces entreprises fragilise le tissu économique régional.
« C’est difficile de comprendre la logique de l’État québécois quand, d'un côté, on empêche les commerces de proximité de vendre plusieurs des produits offerts par la SAQ et, de l'autre, il permet à cette même société d'État d'aller chercher des parts de marché dans les rares catégories de produits que les détaillants indépendants peuvent encore vendre librement. Parfois, on a l'impression que l'État ne voit que les entrées fiscales potentielles et oublie complètement l'impact de ses décisions sur les commerces de proximité », mentionne François Vincent.
Consigne des bouteilles de vin : la tempête avant le chaos
La FCEI s’inquiète du chaos prochain lorsque les 200 millions de bouteilles de vin vendues chaque année devront être consignées. Si la SAQ peut vendre ses bouteilles partout au Québec, elle devrait aussi être capable de les reprendre. Les détaillants indépendants n'ont pas à payer pour les privilèges du monopole. Pour la FCEI, la SAQ devrait faire partie de la solution en reprenant les bouteilles qu’elle met en marché. La mise en place de la consigne élargie connaît d'importantes difficultés et suscite une pluie de critiques des PME et de la population. Ce n’est que la pointe de l’iceberg de ce que l’on vivra à l’entrée en vigueur de la consigne des bouteilles de vin et de spiritueux en 2027, qui exacerbera les problèmes existants.
« La FCEI demande l’intervention du gouvernement du Québec et le positionnement des partis politiques. Pour réellement favoriser l’achat local, il faut mettre en valeur les commerces locaux, pas étatiser leur marché », conclut François Vincent.
À propos de la FCEI
La FCEI (Fédération canadienne de l’entreprise indépendante) est le plus grand regroupement de PME au pays, comptant 100 000 membres dans tous les secteurs d’activité et toutes les régions et 22 000 au Québec. Elle vise à augmenter les chances de succès des PME en défendant leurs intérêts auprès des gouvernements, en leur fournissant des ressources personnalisées et en leur offrant des économies exclusives. Visitez fcei.ca pour en savoir plus.