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Guerre commerciale Canada–États-Unis : une année 2025 partagée pour les PME

4 mars 2026

En pleine pénurie d’entrepreneurs et alors que les coûts d’exploitation restent élevés, un sondage révèle que les pressions tarifaires exercées par la guerre commerciale Canada–États-Unis ont nui à la performance des entreprises en 2025, et montre aussi quels types de mesures de soutien les gouvernements devraient privilégier.

Sommaire

  • Au début de l’année 2025, les PME étaient déjà sous pression en raison de coûts constamment élevés et d’un dynamisme entrepreneurial en perte de vitesse.
  • Les pressions tarifaires associées à la guerre commerciale canado-américaine ont fortement accentué leurs défis.
  • Un sondage mené auprès de plus de 1 600 propriétaires de PME révèle des situations partagées, selon que les entreprises étaient ou non touchées par les tarifs douaniers.
  • Des mesures d’application générale, plutôt que des programmes ciblés liés aux droits de douane, seront essentielles pour assurer la stabilité et relancer le dynamisme entrepreneurial.

Pendant une grande partie de 2025, les PME du pays ont dû composer avec une conjoncture économique difficile et imprévisible. L’escalade des pressions tarifaires et les tensions commerciales persistantes entre les États-Unis et le Canada, ajoutées à des coûts d’exploitation élevés, ont accentué l’incertitude économique et compliqué la planification des activités des entreprises.

Ces pressions s’exerçaient également dans un contexte d’affaiblissement du dynamisme entrepreneurial. Au Canada, la pénurie d’entrepreneurs a commencé bien avant 2025 : les entrées d’entreprises ralentissent depuis la mi-2022, tandis que les sorties sont en augmentation constante depuis la mi-2021. La création nette d’entreprises est désormais négative, et l’écart s’élargit de trimestre en trimestre1.

Dans son sondage Votre voix de décembre 2025, la FCEI a voulu savoir à quel point les défis quotidiens de l’exploitation, dans un environnement incertain et de plus en plus compliqué, ont façonné la performance des PME en 2025. Le sondage a permis d’obtenir plus de 1 600 réponses de propriétaires de PME de partout au Canada2. Leurs réponses dressent un portrait clair des effets que ces pressions ont eus sur leur rentabilité en 2025 et donnent des indications sur les types de mesures gouvernementales qui pourraient leur donner le plus de répit.

Une année 2025 partagée pour les PME

Les résultats du sondage révèlent des situations contrastées sur le plan des revenus, des bénéfices et des ventes. Alors que la réponse individuelle la plus souvent donnée pour qualifier l’année 2025 a été « moyenne » (28 %), les proportions combinées des répondants qui ont qualifié leur année de bonne (très bonne ou plutôt bonne = 37 %) ou de mauvaise (plutôt mauvaise ou très mauvaise = 35 %) étaient supérieures et presque égales, ce qui montre bien à quel point les conditions d’exploitation ont été contrastées au pays en 2025 (figure 1).

Figure 1 : Performance de l’entreprise en 2025

Performance de l’entreprise en 2025

Question : Avec du recul, comment décririez-vous l’année 2025 sur le plan de la performance de votre entreprise (p. ex., revenus, profits, ventes)?  (Sélectionner une seule réponse)
Source :FCEI, sondage Votre Voix – Décembre 2025, mené du 4 au 31 décembre 2025, n = 1 664. 

Les entreprises les plus petites sont celles qui ont le souffert

Les très petites entreprises étaient moins susceptibles que les grandes de faire état d’une bonne année. Par exemple, seulement 35 % des entreprises de 0 à 4 employés ont dit avoir eu une bonne année, contre 42 % pour celles de 50 à 99 employés. Leurs marges plus serrées et leur coussin financier plus limité les rendent plus vulnérables aux hausses de coûts et aux perturbations soudaines (figure 2). 

Figure 2:  Performance des PME en 2025, selon la taille

2026-SMB-Performance-Figure2FRb

Question : Avec du recul, comment décririez-vous l’année 2025 sur le plan de la performance de votre entreprise (p. ex., revenus, profits, ventes)?  (Sélectionner une seule réponse)
Source :  FCEI, sondage Votre Voix – Décembre 2025, mené du 4 au 31 décembre 2025, n = 1 664.
Note : * Petit échantillon (<40).

Les répercussions des tarifs douaniers expliquent les écarts de performance

Les PME touchées par les tarifs douaniers étaient beaucoup plus susceptibles que les autres d’avoir eu une mauvaise année. En effet, parmi les entreprises qui ont eu une mauvaise année, seulement 7 % n’ont pas été touchées par les tarifs. La proportion est de 16 % chez celles qui ont eu une année moyenne et de 22 % chez celles dont l’année a été bonne.

La figure 3 montre pourquoi le lien est si fort. Les entreprises qui ont eu une mauvaise année sont plus nombreuses à avoir été touchées par presque tous les impacts de la guerre commerciale canado-américaine. Fait à noter, près d’un tiers (31 %) des entreprises ayant eu une mauvaise année disent avoir augmenté leur endettement, contre seulement 10 % et 5 % de celles qui ont eu une année moyenne ou bonne, respectivement. Les entreprises dont la performance est mauvaise ont aussi déclaré des niveaux nettement supérieurs de réduction de l’embauche et de suspension des investissements.

Figure 3 : Principaux impacts de la guerre commerciale Canada–États-Unis sur les PME, par catégorie de performance (%)

Principaux impacts de la guerre commerciale Canada–États-Unis sur les PME, par catégorie de performance

Question : Quel impact la guerre commerciale Canada–États-Unis a-t-elle eu sur votre entreprise jusqu’à maintenant? (Sélectionner toutes les réponses pertinentes)
Source : FCEI, sondage Votre Voix – Décembre 2025, mené du 4 au 31 décembre 2025, n = 1 633.

Les tarifs douaniers n’ont pas pour autant épargné les PME dont l’année a été « moyenne » ou « bonne ». De nombreuses PME font face à l’augmentation des dépenses, à une baisse des profits et aux perturbations de la chaîne d’approvisionnement. Ces entreprises ont cependant subi des impacts plus limités que celles dont l’année a été « mauvaise ». 

Ces types d’impacts peuvent menacer la viabilité à long terme de toutes les entreprises, et ils sont particulièrement graves et déstabilisants pour celles qui réussissent moins bien à les atténuer. Par exemple, 2 % seulement des entreprises dont l’année a été moyenne ou bonne ont envisagé de fermer définitivement leurs portes à cause de la crise tarifaire, contre 18 % pour celles qui ont eu une mauvaise année.

Si la profondeur des impacts a été très variable, on ignore pourquoi certaines entreprises ont mieux réussi que d’autres à composer avec les pressions tarifaires. Plusieurs facteurs pourraient l’expliquer. Par exemple, il se pourrait que celles qui s’en sont tirées le mieux aient eu de meilleurs coussins financiers que les autres, ou qu’elles aient réussi à ajuster leurs prix plus rapidement ou à diversifier leurs fournisseurs ou leurs marchés d’une manière qui a limité les dégâts. 

Les pressions tarifaires menacent aussi l’avenir entrepreneurial du Canada

Les pressions tarifaires n’ont pas seulement joué sur les performances individuelles des entreprises en 2025, elles minent aussi le climat entrepreneurial au pays. La réduction des investissements, le report de projets de développement ou l’alourdissement de l’endettement peuvent tous influer sur des projets de démarrage, d’expansion ou de croissance – des facteurs qui aggravent une pénurie d’entrepreneurs déjà visible dans les données nationales.

De quelles formes d’aide gouvernementale les PME ont-elles besoin?

Les répercussions de la guerre tarifaire Canada–États-Unis sur les entreprises étant considérables, nous avons demandé aux propriétaires de PME quelles mesures fédérales les aideraient à composer avec ces pressions. Voici les trois mesures les plus citées : travailler activement avec les États-Unis pour atténuer l’incertitude commerciale, continuer de réduire les obstacles au commerce intérieur et offrir un allégement fiscal général aux entreprises (figure 4). Ces réponses traduisent un désir de bénéficier d’une meilleure prévisibilité et d’allégements des coûts qui feraient contrepoids aux pressions que crée la guerre commerciale.

Figure 4 : Principales mesures que devrait prendre le gouvernement fédéral pour atténuer l’impact des tarifs

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Question  : Quelles mesures pourrait prendre le gouvernement fédéral pour vous aider à gérer l’impact des tarifs? (Sélectionner toutes les réponses pertinentes)
Source :  FCEI, sondage Votre Voix – Décembre 2025, mené du 4 au 31 décembre 2025, n = 1 322.

Un allégement fiscal général plutôt que des programmes ciblés

Selon notre sondage, les PME préféreraient un allégement fiscal général à des programmes ciblés (figure 4). Elles souhaitent des mesures de soutien simples, souples et faciles d’accès. Les programmes ciblés, malgré leur utilité théorique, s’accompagnent souvent de conditions d’admissibilité et de processus de demande qui augmente le fardeau administratif déjà lourd des PME. Par ailleurs, ils sont souvent peu connus, ce qui limite leur utilisation. Enfin, les mesures ciblées peuvent, sans que ce soit voulu, faire des gagnants et des perdants et ainsi priver de nombreuses PME du soutien dont elles ont besoin. Au bout du compte, les caractéristiques de ces programmes peuvent étouffer la concurrence, nuire à l’innovation et freiner la croissance des PME.

Exemples de mesures ciblées

Initiative régionale de réponse tarifaire

Le cas de l’Initiative régionale de réponse tarifaire (IRRT) du gouvernement fédéral illustre bien ce type de problème. Ce programme, qui vise à soutenir les entreprises frappées par la guerre commerciale en finançant des projets d’amélioration de la productivité, de croissance et de diversification des marchés, est peu utilisé : plus de trois quarts des PME en ignorent toujours l’existence (figure 5), et moins de 1 % ont présenté une demande. 

Figure 5 : Connaissance de l’Initiative régionale de réponse tarifaire

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Question : Avant de répondre à ce sondage, aviez-vous entendu parler de l’Initiative régionale de réponse tarifaire (IRRT)? (Sélectionner une seule réponse)
Source : FCEI, sondage Votre Voix – Décembre 2025, mené du 4 au 31 décembre 2025, n = 1 617.

Les PME notent aussi que les conditions d’admissibilité strictes de l’IRRT et son processus de demande complexe les dissuadent de présenter une demande. Ses divers critères d’admissibilité excluent beaucoup de PME touchées par la guerre commerciale canado-américaine, en particulier les très petites, celles qui viennent d’être créées et celles dont le chiffre d’affaires n’atteint pas un seuil donné. 

Subventions accordées aux grandes entreprises

Des aides telles que les importantes subventions annoncées récemment pour soutenir l’industrie nationale des batteries pour véhicules électriques contribuent souvent à créer des règles du jeu inéquitables, en réduisant artificiellement les coûts pour les grandes entreprises, ce qui leur donne un avantage concurrentiel sur les petites. Il existe aussi un risque que de grandes entreprises subventionnées tirent parti de leurs moyens financiers supérieurs pour empêcher les petits concurrents d’accéder au marché.

Les avantages de la réduction du fardeau fiscal global

Par contraste, un allégement fiscal général, par exemple la réduction du taux d’imposition des petites entreprises (prioritaire pour les PME), améliorerait la souplesse financière d’un nombre accru d’entreprises en cette période d’incertitude économique. Cette mesure permettrait aux PME d’affecter leurs économies d’impôt de la manière la plus bénéfique pour elles, que ce soit pour rembourser des dettes, augmenter les salaires ou mener leurs projets d’expansion. 

Conclusion et recommandations

En 2025, les pressions tarifaires ont empiré une année déjà difficile pour de nombreuses PME, en particulier celles qui ont fait état d’une faible performance. Ces défis surviennent dans un contexte où le dynamisme entrepreneurial faiblit au Canada. Il est donc d’autant plus important de réduire les pressions évitables.

Voici les types de mesures fédérales qui soutiendraient le mieux les PME dans le contexte de la guerre commerciale :

  • Offrir des allégements fiscaux généraux, par exemple une réduction du taux d’imposition et/ou des cotisations d’assurance-emploi pour les PME.
  • Prioriser les négociations entourant l’ACEUM, pour rétablir la stabilité, réduire l’incertitude commerciale et protéger les chaînes d’approvisionnement transfrontalières dont dépendent les PME.
  • Veiller à ce que les revenus des contremesures tarifaires soient redistribués aux PME touchées grâce à un processus de remboursement simple et accessible. 
  • Supprimer les obstacles au commerce interprovincial pour que les entreprises canadiennes puissent plus facilement diversifier leurs activités au pays. 
  • Réduire le fardeau réglementaire en adoptant la règle du « 2 pour 1 », où deux règles sont éliminées chaque fois qu’une nouvelle est introduite, et faire de la modernisation de la réglementation une priorité.

Notes de fin

  1. FCEI, « Tendances en matière d’entrées et de sorties d’entreprises, 2015-2025 », Perspectives trimestrielles des PME – T4 2025, 15 janvier 2026. https://www.cfib-fcei.ca/fr/rapports-de-recherche/perspectives-trimestrielles-des-pme  
  2. FCEI, sondage Votre Voix – Décembre 2025, mené du 4 au 31 décembre 2025, n = 1 664. À titre de comparaison, pour un échantillon probabiliste ayant un nombre égal de répondants, la marge d’erreur serait de plus ou moins 2,4 %, 19 fois sur 20.
Marvin Cruz
Marvin Cruz
Directeur principal de la recherche
Bérengère Fouqueray
Bérengère Fouqueray
Analyste de la recherche
Comment citer ce billet de blogue

Marvin Cruz et Bérengère Fouqueray, « Guerre commerciale Canada–États-Unis : une année 2025 partagée pour les PME », FCEI, Blogue Perspective PME, 4 mars 2026, https://www.cfib-fcei.ca/fr/rapports-de-recherche/une-annee-2025-partagee-pour-les-pme.

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